En 2012, Joe Stump avait réussi le petit exploit de nous intéresser et même de nous enthousiasmer pour un disque de guitar hero instrumental. Depuis la période faste d’Yngwie Malmsteen nous ne pensions cela presque plus possible. Et pourtant Revenge Of The Shredlord (chronique ici) avait fait des merveilles. Depuis, Stump ne s’est pas reposé sur ses lauriers, il a intégré les rangs de RAVEN LORD et accouche en cette fin 2015 d’un nouvel opus solo, The Dark Lord Rises.
On ne change pas une équipe qui gagne et les fans ne risquent pas d’être désorientés à l’écoute de ce disque. Tous les ingrédients si goûteux en 2012 reviennent ici, encore une fois savamment orchestrés dans une veine néo-classique maîtrisée du bout des ongles. En plus de la maîtrise purement technique, Stump démontre un sens de la mélodie impressionnant et parvient à embarquer l’auditeur dans un voyage dense et coloré. Les morceaux de bravoure s’enchaînent avec une grande vélocité et parviennent à toujours rester intéressants et accrocheurs. Pour un disque instrumental, il s’agit là d’un petit exploit. Stump varie beaucoup son propos tout en insufflant en permanence une sacrée dose d’énergie. Les morceaux sont menés tambour battant et vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer. L’ombre du virtuose suédois cité ci-dessus ne cesse de planer sur cet album et si vous aimez les travaux passés du maestro, vous succomberez sans aucun doute aux charmes de l’américain. Sans surprise, L’atmosphère générale est assez sombre mais les mélodies restent imparables. Stump laisse émerger son talent de guitariste et de compositeur de façon éclatante.
La perfection n’est pas de ce monde et deux ou trois détails auraient mérité un peu plus d’attention. La pochette d’abord s’avère bien clichée même si on devine les moyens limités et la production montre ici et là des signes de faiblesses. Nous ne sommes pas au niveau des standards modernes, cela sonne un peu old school. En dehors de cela tout est bon dans Joe Stump (et dans le cochon). Allez-y les yeux fermés si vous êtes amateurs de shreds et de douceurs néo-classiques.
Tracklist (66:11 mn) 01. Hostile Takeover 02. Stratomaster 03. Out for Blood 04. The Black Knight Returns 05. Tortured Soul 06. The Dark Lord's Allegro 07. Staring Into the Abyss 08. Concerto No. 2 in B-Flat Minor 09. Neo-classical Shredfest No. 4 10. Battle Tested 11. Brothers in Shred (Bonus Track)
Histoire d’élever un peu le débat, nous allons débuter cette chronique par une citation, extraite de la fable Le Corbeau et le Renard de Jean de la Fontaine, qui résume bien le sentiment qui prédomine à l’écoute de ce Natural Causes. « Sans mentir, si votre ramage. Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. ». La pochette de cet album fait envie, avec une belle photo et ce côté très coloré, mais les chansons proposées ne suscitent malheureusement pas le même enthousiasme. L’ennui pointe rapidement le bout de son nez et ne disparaît pratiquement jamais.
AUDIOTOPSY s’avère une tout nouveau groupe qui fait là ses premiers pas et pourtant l’expérience cumulée de ses membres en ferait pâlir plus d’un. En effet, d’anciens membres de MUDVAYNE, HELLYEAH et SKRAPE ont décidé d’unir leur force et proposent un heavy métal dit moderne se voulant à la fois pêchu et accrocheur. Sur la forme tout va bien mais ces chansons de décollent vraiment jamais, elles sonnent franchement clichées et l’auditeur risque de se désintéresser à vitesse grand V de cet album. Le quatuor ne réinvente pas la poudre, ils ont travaillé sérieusement mais la mayonnaise ne prend jamais. Tout cela se laisse écouter gentiment mais aucune étincelle, aucun riff intéressant, mélodie inattendue ou refrain particulièrement accrocheur ne viennent rompre la routine. Nos amis savent faire, c’est évident, mais ils ratent pourtant la cible. Manque d’inspiration ? de talent ? besoin de correspondre à des critères commerciaux ? Impossible de savoir mais le constat reste le même. Le chant de Billy Keeton (ex-SKRAPE) n’aide pas. Oui il sait gueuler mais sa performance manque de relief et peine à convaincre sur toute la longueur d’un album.
Dans le passé, nous avons déjà tous acheté un album uniquement sur sa pochette. Natural Causes en séduira plus d’un mais ne tentez pas le diable et écoutez ce disque avant de faire chauffer la carte bleue. « Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur, Vit aux dépens de celui qui l'écoute ». Avec nous, AUDIOTOPSY ne risque pas d'attraper la grosse tête…
Vous devez connaître à présent mon grand intérêt pour le Pagan Black Metal et plus généralement la musique Folk dans le Metal. Attention ! Je ne parle pas de trucs vaguement Metal extrême, Melodic Death, Heavy Metal ou Goth Doom Machin avec des trucs pouette pouette au format Pop ! Même si j’apprécie énormément Finntroll, qui lui reste toujours foufou et audacieux en cultivant avec abnégation (et tant mieux pour lui la réussite commerciale) le terme de Musique Folk populaire dans son Metal extrême grandiloquent. C’est à ma connaissance la seule exception car en effet je ne raffole pas de tous ses clones pourris. Non moi je parle de cet alliage de longues compositions Metal (ça peut être du Rock, du Death, du Thrash, du Black, du Doom, du postrock, du sludge ou même Heavy voire un mélange de tout ça, si si ça existe) et de musique Folk acoustique. Le tout ayant un rendu brut dans le son et avec une progressivité palpitante. Donc par pitié on oublie la majore partie des productions signées sur de gros labels et à l’appellation Folk Metal car ce dont je vais vous parler n’a rien à voir !
Je ne connaissais pas du tout Nechochwen, un duo originaire de Virginie-Occidentale et qui œuvre dans l’ombre depuis près de dix ans maintenant dans un Pagan Black Metal avec énormément d’instrumentations à la guitare classique et guitare folk. Cette formation est composée de Aaron Carey alias Nechochwen (flute, guitares, lalawas (sorte de crécelle) et chants) et de Andrew Della Cagna alias Floor Tom Pohonasin ( basse, batterie, percussions et chœurs) qui joue aussi dans Brimstone Coven un groupe de Stoner Doom (facebook ici et bandcamp là) . On les retrouve tous deux dans une formation Death Metal nommée Infirmary qui a réalisé pour l’instant qu’un split album Suffering for Eternity / Entrails of the Soul (2014) en compagnie de Aetherium Mors un groupe de Melodic Black Death Metal alternatif (split album en streaming ici).
Je ne peux que vous encourager à aller écouter via le bandcamp du groupe ses deux albums phénoménaux que sont Algonkian Mythos (2006) (en streaming ici) et Azimuths To The Otherworld (2008) (en streaming ici) ainsi que le EP Oto (2012) (en streaming ici). S’il y a des personnes qui apprécient réellement la guitare classique et Folk, ces trois albums sont pour vous car les passages où elles sont présentes sont nombreux quand elles ne le sont pas majoritairement sur le premier album par exemple ! En ce sens on peut dire que Nechochwen est plus un groupe de Folk amérindien / Bluegrass acoustique et Ambient qui s’aventure par moments en territoires Metal Extrême, Metal et Rock Prog ! Quand ses compositions s’électrisent le groupe rejoint des groupes de Pagan Black Metal tels que Panopticon (son compatriote pas très éloigné musicalement et géographiquement ma chronique ici), Saor, Downfall Of Nur (ma chronique ici) ou Winterfylleth.
Par l’intermédiaire de Bindrune Recordings (site ici et facebook là) Nechochwen a sorti en septembre dernier son troisième album Heart of Akamon. Et quel album ! On retrouve tous les ingrédients auxquels le duo nous avait habitués (je peux le dire vu que j’ai parcouru leur discographie à présent). On peut aisément se rendre compte à son écoute de la somme de travail qu’a dû représenter sa composition ainsi que sa réalisation et rien que ça, cela force le respect ! Les sessions d’enregistrements se sont déroulées sur une période de 2 ans entre juin 2013 et mars 2015 au Sacred Sound Recording un studio à Martin’s Ferry dans l’Ohio (site ici) par Andrew (Pohonasin) et Araon (Nechochwen) qui se sont occupés de mixé, le mastering restant à la seule chare de Andrew.
Le son est très bon à tous les niveaux ! Bon je l’aurais bien pris avec une batterie légèrement plus en reliefs mais bon je chipote car ça le fait quand même ! Une autre chose concerne l’artwork qui est tiré d’une fresque « Defeat of General Braddock » de Edwin Willard Deming (1860-1942) histoire nous mettre un peu plus encore dans l’ambiance de la thématique abordée par Nechochwen qui est centrée sur l'histoire amérindiennes des Appalaches. Il faut aussi ajouter que le logo du groupe est l’œuvre de Austin Lunn (Panopticon oui encore lui).
Comme je le disais un peu plus haut, la musique de Nechochwen brosse un paysage très vaste. Sa musique est tellement riche que comme pour Panopticon, ça devient vite fastidieux à décrire, je vais donc tirer des grandes lignes de Heart of Akamon. Je sais c’est peut-être trop long à lire pour certains gros fainéants mais croyez moi la musique de Nechochwen mérite que l’on fasse ce petit effort de lecture ! « The Serpent Tradition » ouvre le bal sur des explosions Pagan Black Metal très vindicatives avec énormément d’aérations à la guitare classique acoustique (avec un passage presque flamenco en milieux de titre) appuyée par des percussions tribales ainsi que des vocaux clairs accompagnés de chœurs. Un très beau panache en guise d’ouverture avec un superbe passage Thrashisant et Heavy Metal sur sa fin (mon dieu ces solos et leads de guitares sont sublimes) ! « The Impending Winter » est un court interlude instrumental et acoustique qui se poursuit au début de « Lost on the Trail of the Setting Sun » un titre fait dans le même bois que le premier morceau avec son ambiance de bataille. Une sublime composition s’en suit « October 6, 1813 » entièrement acoustique qui va directement empiéter sur les terres d’un Opeth avec ses chœurs et voix clairs. Un véritable enchantement !
Le superbe « Traversing the Shades of Death » navigue lui en son début entre Rock Progressif electro-acoustique et atmosphère Southern Folk pour mieux se muter en une montée sous tension Doom Death Metal versant sur des couleurs plus Black Metal à la fin. Vous en serez scié à la base ! Croyez moi ! « Skimota » est lui un titre électro-acoustique dans la veine de « October 6, 1813 » et qui fait donc lui aussi penser à Opeth mais avec une atmosphère très amérindienne en arrière plan. Toujours très progressif mais dans une veine Black Metal proche de ce que peut faire Enslaved : l’instrumental « Skyhook » débarque avec là encore un passage à la guitare classique de toutes beautés et une ambiance tribal. L’album se clôture sur une longue pièce progressive et Heavy en son début et chose surprenante, elle se développe en Funeral Doom ! J’ai énormément pensé à un groupe comme Tristitia avec ces leads guitares virtuoses et d’autres arpèges de guitare plus acoustiques et classiques. Bref un morceau ultra Doom !
Moi je dis chapeau ! Nechochwen nous a sorti avec ce Heart of Akamon un album ultra maitrisé techniquement avec une musicalité de malade ! Très audacieux dans leur démarche le duo brasse sans vergogne le Doom, le Heavy Metal, le Rock Prog, le Folk Rock, le Black Metal et j’en oublie certainement, avec force et caractère ! Vous l’aurez compris votre serviteur fut largement comblé par cet album et il ne lui a trouvé aucun défaut (bon à part ce son de batterie mais c’est largement éclipsé par tout le reste) !
Bindrune Recordings / 2015
Tracklist (43:45) : 01. The Serpent Tradition 02. The Impending Winter 03. Lost on the Trail of the Setting Sun 04. October 6, 1813 05. Traversing the Shades of Death 06. Skimota 07. Skyhook 08. Kiselamakong.