Avec notre réputation de maîtres équarisseurs de groupes metalcore, français de surcroît, Soleil Noir a constitué une vraie surprise lors de sa sortie en 2012. Malgré les tares congénitales mentionnées ci-dessus, THE ARRS parvenait à rendre un copie propre et solide, un enchaînement impressionnant de salves d’une rare intensité. Et tout cela malgré des changements de line-up et un contexte difficile en ce qui concerne le marché musical hexagonal. Trois ans après Soleil Noir (chronique là) et six ans après Heros / Assassin (chronique là), les parisiens sont de retour avec un nouvel opus, le surprenant Khronos.
Surprenant oui en particulier sur la forme. D’abord le titre, en alphabet latin et en grec, évoquant la figure mythologique du titan Cronos, dieu primordial personnifiant le Temps et la Destinée. Il apparaître d’ailleurs sur la pochette très originale signée Remy d’Headsplit Design (www.headsplitdesign.fr). Nous sommes ici loin de l’univers visuels un peu interchangeable des groupes de metalcore outre-Atlantique. Cette thématique du temps qui passe, des puissances qui agissent dans l’ombre et de notre mortalité irriguent l’ensemble des treize compositions.
Dès les premières secondes de Khronos, THE ARRS impressionne par la puissance et l’énergie dégagée. A l’image des émotions procurées à l’époque par « Du Berceau à la Tombe » sur Soleil Noir, le quintet frappe fort d’entrée avec « Kombat ». Ils attrapent l’auditeur directement à la jugulaire pour ne plus le lâcher pendant près de quarante-cinq minutes. Les débats sont menés tambours battants, aussi bien du côté de la section rythmique que de la paire de guitariste. Ils n’amusent pas la foule et abattent un sacré boulot aussi bien en rythmique qu’en lead. Les maîtres du rythme maltraitent leurs instruments pour notre plus grand plaisir et ils ne s’économisent pas. Derrière le micro, Nico n’est pas en reste et offre une belle prestation. Son chant extrême apporte le supplément d’âme et d’énergie à ces chansons. Cependant, il passe parfois dans un registre assez éraillé à la Tomas Lindberg. Saluons aussi le choix de THE ARRS de privilégier l’efficacité à la démonstration technique un peu stérile. Les compositions se veulent racées, optimisées autour des quatre minutes. Cela oblige à aller à l’essentiel en retirant toutes les fioritures inutiles. Khronos a aussi été l’occasion pour les parisiens d’inviter des guests à prendre part aux festivités. Citons la présence sur une chanson de membres de BENIGHTED, BLACK BOMB A ou HANGMAN’S CHAIR.
Pour son retour sur le devant de la scène, THE ARRS frappe toujours aussi fort et devraient faire taire même les détracteurs les plus acharnés. Tout n’est pas parfait mais l’enthousiasme reste au rendez-vous face à la motivation et le talent affiché ici. THE ARRS continue de proposer ce qu’il sait faire de mieux sans vraiment se réinventer mais toujours avec efficacité. Cela laisse rêveur quant à la possibilité de voir une tournée commune de deux poulains de l’écurie Verycords, imaginez THE ARRS et MASS HYSTERIA partager la même scène ! Miam, nous en salivons d’avance.
Oshyrya (08/10)
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Verycords / 2015
Tracklist (44:45 mn) 01. Kombat 02. Acta non verba 03. Hors norme feat. Alex from OBEY THE BRAVE 04. La quête 05. Du ciel et de la terre 06. Les rives du temps 07. Khrónos feat. Ju from BENIGHTED 08. IV Horizons 09. La 25ème heure 10. Titans 11. Nos erreurs 12. Prophétie feat. Poun from BLACK BOMB A 13. Le journal de ma haine feat. Kubi from HANGMAN’S CHAIR
Les musiciens semblent s’en étonner eux-mêmes mais malgré les difficultés et l’adversité, MASS HYSTERIA continue son bonhomme de chemin et affiche une belle santé malgré déjà plus de vingt ans de carrière. Voici le huitième chapitre de leur quête avec un Matière noire à la pochette magnifique. La version collector s'avère être particulièrement soignée au niveau de la présentation. Verycords a fait des efforts pour offrir aux fans un beau package et ceci sans augmentation de prix. Avant de rentrer dans le vif du sujet, signalons qu’il s'agit du premier album avec Frédéric Duquesne (BUKOWSKI) à la guitare, à la suite du départ de Nicolas Sarrouy.
L'Armée des ombres (chronique ici) avait impressionné par l’énergie et la force déployées par le groupe sur plus de quarante minutes. Matière noire reprend sur le même ton et ouvre les hostilités avec un « Chiens de la chasse » accrocheur et jouissif. Difficile de ne pas secouer la tête et taper du pied en rythme dès les premières écoutes. MASS HYSTERIA n’a rien perdu de son savoir-faire, de sa fougue et de ra rage. Mouss a su encore une fois ciseler des paroles percutantes et affiche une conviction rarement mis en défaut. Même chose pour un « Vae Soli » mené lui aussi à tambour battant. Ses camarades ne sont pas en reste. La section rythmique composée de Raphaël et Vincent Mercier abattent un énorme boulot. Les guitaristes Yann Heurtaux et Frédéric Duquesne font, eux-aussi de leur côté, feu de tout bois au niveau des rythmiques. Nos compatriotes parviennent à renouveler l’exploit de mélanger avec talent et grâce puissance et douceur, grosses guitares et touches mélodiques. Des lignes de claviers ou des samples intelligemment positionnés ici et là rendent le propos beaucoup plus digeste et accessible. Les chansons s’en trouvent d’autant plus magnifiées pour le plus grand plaisir de l’auditeur.
Matière noire s’inscrit dans la pleine continuité de son prédécesseur mais reconnaissons que MASS HYSTERIA parvient à se renouveler tout en conservant sa patte et cette identité si reconnaissables. Les fans seront aux anges et gageons que ce huitième opus saura augmenter encore la notoriété du groupe sur la scène française. En quatre / cinq minutes maximum à chaque fois, les parisiens déploient leur savoir-faire et imposent leur loi. Tout n’est pas génial, certains titres s’avèrent plus faibles (« Plus que du métal » ou encore « L'espérance et le refus ») mais cela ne nuit pas trop à Matière noire dans son ensemble. Une impression plus que positive prédomine largement.
Le quintet parisien revient cette année en grande forme et rappellent à tous qu’il faut compter sur eux en France et en Europe. Le concert à guichets fermés à l’Olympia le 5 avril 2013 n’a pas été qu’un épiphénomène et MASS HYSTERIA ambitionne de faire encore mieux dans les mois qui viennent. Ils le méritent vu la qualité du travail fourni ici.
Oshyrya (8,5/10)
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Verycords / 2015
Tracklist (49:21 mn) 01. Chiens de la casse 02. Vae soli ! 03. Vector equilibrium 04. Notre complot 05. L'espérance et le refus 06. Tout est poison 07. L'enfer des dieux 08. A bout de souffle 09. Matière noire 10. Plus que du métal 11. mère d'Iroise
Voici le premier album d‘une formation française pratiquant un Black Metal frontal (ne pas confondre avec Chaos Dei black metal de Rouen) mais non dénué d’un certain lyrisme nostalgique et de plans alambiqués. Sorti le 30 Avril dernier sur le légendaire label français Osmose Production mais qui est complètement passé au travers de mes radars ! J'en profite pour remercier Mylène aka Blacksshark Art (facebook ici) sans qui je serais passé à côté ! Je suis d’autant plus impardonnable que Khaos-Dei est un projet initié par un musicien chevronné et connu du publique Black Metal français puisque il s’agit de Nacht qui est notamment passé dans le line-up de Seth période Divine-X (2002).
Ce que j’ai d’amblé apprécié dans le Black Metal de Khaos-Dei c’est une certaine tension et urgence craché à la face de l’auditeur sur la quasi totalité des compositions de ce premier album ! En effet un esprit garage punk ressort de ce fracas contrôlé. Ce sentiment que j’ai immédiatement ressenti à la première écoute s’explique finalement lorsque Nacht me donne quelques infos quant à la genèse de ce Tell Them Lucifer Was Here qui s’est étalée sur une courte période courant 2013/14 dans une totale spontanéité puisque la prise de son (guitare, basse, batterie) s’est faite dans la foulée via un home studio. Six mois plus tard le trio prit la décision de faire confiance à une jeune structure alors encore méconnue le studio VAMACARA (facebook ici) à Nantes (Clisson pour être plus précis) pour enregistrer le chant ainsi que mixer et masteriser le tout.
La production est parfaite pour ces assauts Black Metal couillus où le blastbeat se fait véloce et certaines accroches rythmiques brandissent fièrement un héritage Hardcore. Vous en aurez un bon exemple sur un titre comme le tonitruant « Puis le vide » mais c’est le cas à de nombreuses reprises tout du long de Tell Them Lucifer Was Here. Parfois Khaos-Dei se montre bien Heavy en ne négligeant pas non plus une certaine mélodicité et toujours ces breaks Hardcore fougueux comme sur « LÔÇÖ+ôil » au titre plus qu’évocateur. Une autre chose m’a interpelé et énormément plu, ce sont les divers intermèdes tantôt Ambient et bruitistes comme sur « Anéanti », Atmosphérique voire Symphonique comme « Une descente » et le break au milieu de « Dans l’enfer plombant » avec son violon ou « Tout en bas » et « Et lÔÇÖUnivers ». Tout un tas de petits détails et autre liaisons qui donne une identité très forte à cet album et par moment une emphase lyrique bourrée de nostalgie assez troublante comme les chants militaires sur « Le Chant des Marais » (une adaptation de chant populaire et militaire) ou « L'office du Divin » pour un rendu bouleversant et efficace ! Le trio fait aussi preuve de seconds degrés par le biais de petites scénettes comme sur le morceau « Dans l’enfer plombant » qui sont assez amusantes et no prise-de-tête. Pour par achever l’ensemble, la voix bien puissante à la locution parfaite et percutante est remplie de conviction !
On comprend que Khaos-Dei est un peu la chose de Nacht et qu’il est fier d’avoir trouvé deux compagnons de route comme Damian et Kha-Lash avec qui visiblement il est bien en phase pour nous distiller sa vision d’un Black Death Metal bourru mais aussi puissant en charges émotionnelles ! Un premier album qui sans être renversant a la mérite d’être très efficace et percutant tout en se payant le luxe de nous faire sourire et par moments frissonner ! Du bel ouvrage ! Que demandez de plus ? Un prochain album rapidement ?! Mais on me dit dans l’oreillette qu’il faut s’attendre à quelque chose en début 2016 ! Ha ! Ha !
FalculA (7,5/10)
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Osmose Production / 2015
Tracklist (37:34) : 01. Une descente 02. Dans l'enfer plombant 03. Puis le vide 04. Et lÔÇÖUnivers 05. LÔÇÖ+ôil 06. Mort Naissance 07. Tout en bas 08. Le Chant des Marais 09. L'office du Divin 10. Anéanti.
https://www.youtube.com/watch?v=jnIMzBwbx8A
https://www.youtube.com/watch?v=SCblAa_ulEM