Pour rester polis, nous dirons simplement que la sortie en 2013 de Materia Occulta (chronique ici), exhumation tardive de démos et d’un album jamais sorti du groupe occulte italien THE MAGIC WAY, n’avait pas vraiment emporté notre adhésion. A l’exception des géniteurs eux-mêmes de de trois fans italiens qui pouvaient ainsi revivre le frisson de leur adolescence rebelle, nous pouvions bien légitimement nous interroger sur l’intérêt de cette démarche. Et pourtant, pas refroidis pour un sou, voici les transalpins de retour avec cette fois-ci un nouvel album tout beau tout chaud, Curve Sternum.
Après une naissance en 1996 et un hiatus de presque treize ans (avec la mise en sommeil du projet au début des années 2000), il était intéressant de constater ce que THE MAGIC WAY avait à nous dire. Reconnaissons au moins que nos amis ont de la suite dans les idées et poursuivent ici leur démarche sombre, occulte et énigmatique. Exit par contre l’approche extrême, le propos reste, en tout cas au niveau de l’intensité musicale, tout à fait accessible. Le choix a été fait de mettre l’accent sur le fond et les atmosphères au détriment de toute violence. Le groupe ne compte désormais plus que deux membres, une grosse responsabilité repose sur les épaules de Nequam en charge du chant ainsi que des parties de guitare acoustique, de basse et des orchestrations. Il est assisté dans sa démarche par Azach pour la batterie et les percussions et de divers guests. THE MAGIC WAY propose à l’auditeur un bien curieux voyage, éthéré, mystérieux et inquiétant. Tout cela ne respire pas la joie de vivre, une douleur diffuse ainsi qu’une large mélancolie enveloppe en permanence toutes les chansons. Le chant très expressif, en italien, de Nequam ne fait qu’en rajouter une couche dans l’ésotérique. Le charme agit, une langueur s’apparente rapidement de vous et l’auditeur se laissera bercer doucement, comme anesthésié vers le fond. Au petit jeu des influences, le label cite DEVIL DOLL, EINSTURZENDE NEUBAUTEN voir ULVER. Votre serviteur rajouterait CULT OF LUNA pour les frissons et le malaise qui restent parfois après l’écoute de ces chansons.
Le temps aura fait son œuvre et la musique maladroite et peu intéressante des débuts a laissé la place à toute autre chose. La chrysalide a accouché d’une créature inattendue, pas dénuée de charmes mais d’une séduction froide, noire et inquiétante. Comme pour Materia Occulta mais pas pour les mêmes raisons, Curve Sternum ne s’adresse qu’à un tout petit public. Mais l’occulte n’est-il pas, par définition, réservé à quelques initiés ?
Tracklist (41:14 mn) 01. I corpi pesanti 02. La mano raccoglie 03. A curva di sterno 04. Yod-He-Vau-He 05. Nel tempo restare 06. L’orrore 07. Scuotiti, oh vita! 08. In alto come in basso.
Joe McGurk le guitariste du groupe de métal progressif britannique OPPOSING MOTION se lance dans l’aventure solo et propose un premier opus réalisé en solitaire, Elements. L’album de son groupe, Laws of Motion, avait déjà mis ne œuvre de jolies promesses mais cette fois-ci, Joe McGurk veut aller plus loin et, en sept compositions instrumentales, il tente de nous montrer tout le panorama de son talent. Pour mener à bien cette tâche, il a quasiment tout fait lui-même, les parties de guitares bien sûr mais également la basse et toutes les orchestrations. Pour le reste, il a fait appel à son camarade de groupe Kevin Deplanche à la batterie et a confié à Dennis Ward (PINK CREAM 69) le mixage et le mastering d’Elements.
Après plusieurs écoutes du disque, il faut bien reconnaître qu’une impression très positive émane de de ces chansons. L’exercice de l’album instrumental de guitariste est l’un des plus périlleux et Joe McGurk a su éviter les principaux pièges. Oui bien sûr, il se met en avant et n’hésite pas à faire preuve de sa maestria technique, c’est bien là la moindre des choses, mais il n’a cependant pas oublié de varier les plaisirs et surtout de donner également du grain à moudre aux auditeurs non musiciens. Tout un chacun pourra prendre du plaisir à l’écoute des multiples ambiances, variations et rythmes présentés ici à travers ces sept titres. De l’approche néo-classique en passant par de jolis passages acoustiques, le britannique déploie sous nos yeux la plus vaste gamme possible. Un « Water » tout doux, paisible se voit contrebalancé par un « Earth » rapide, fort et tellurique. Sur les « Movement I » et « Movement II », McGurk sort l’artillerie lourde via une démarche symphonique pointue mettant en œuvre de complexes orchestrations. Tout a été fait avec les moyens du bord via des claviers et des samples mais le résultat s’avère convaincant et laisse apercevoir un joli potentiel.
Avec une mise en retrait évidente du label Lion Music qui a semblé beaucoup souffrir de la chute des ventes et qui la joue plutôt profil bas en ce moment, il serait dommage que les amateurs d’albums instrumentaux passent à côté de cet Elements solide et inspiré. Reste à attendre maintenant la suite des aventures d’OPPOSING MOTION qui enregistre, en ce moment même le successeur de Laws of Motion.
Tracklist (42:50 mn) 01. Wind (The Calming Violence) 02. Fire (The Pain and Beauty) 03. Water (The Graceful Stranger) 04. Earth (The Aging Wisdom) 05. Elements (For Guitar and Orchestra) 06. Movement II – Requiem/Lacrymosa 07. Movement III – Grand Finale
Quand on est amené à parler de Heavy Metal traditionnel et de son histoire on en vient immanquablement à évoquer la NWOBHM des 80s et ses fers de lance Iron Maiden ou Manowar mais on oublie bien souvent de parler d’une formation évoluant hors de la scène britannique comme Manilla Road et de son infatigable leader/songwriter/chanteur/compositeur Mark 'The Shark' Shelton ! C’est une sacrée injustice selon votre humble serviteur ! Je fus assez ébranlé de constater que Metalchronique n’y avait accordé aucun article d’ailleurs. C’est chose réparée maintenant ! Surtout quand on constate l’emprise qu’a eu Manilla Road tant par ses lyrics que par sa musique sur tout un tas de courant du Metal tel que le Heavy Metal bien entendu mais aussi le Thrash Metal ou le Doom Metal voire aussi de L’AOR/Hard FM. En effet nombreux sont les artistes qui sont devenu par la suite des acteurs majeur de ces courants du Heavy Metal/ Hard Rock à avoir avoué vouer un culte à la formation de Mark Shelton tels que James Hetfield, Kirk Hammett de Metallica, Dave Mustaine de Megadeth ou des membres de Candlemass pour ne citer qu'eux.
Je ne vais pas vous faire une rétrospective de la carrière de Manilla Road mais je vous invite grandement à aller faire un tour dans leur discographie qui à mon avis est bien fourni et de grande qualité. J’ai toujours un fort penchant pour des albums que j’ai découvert dans les 90s comme Crystal Logic, Open the Gates, The Deluge, Mystification, Atlantis Rising ou le très 70s Mark Of The Beast qui était composé de longues dates puisque dans les placards dès 82 mais qui est sorti qu’en 2002.
Je ne décèle aucune faute de goût ! Même le très décrié Progressif et presque FM The Circus Maximus qui ne devait pas sortir sous le nom de Manilla Road à la base vu qu’il s’agissait d’un effort que Mark Shelton dissociait du reste de leur discographie avant de céder à la pression de leur label d’alors. L’incident incita le groupe à faire une pause studio qui dura près de dix ans entre 1992 et 2001. Les productions sorties dans les 2000s et qui marquèrent le retour aux affaires de Mark et sa bande sont elles aussi hautement recommandable. J’ai aussi adoré Playground of the Damned (2011) et Voyager (2008) des albums ou Manilla Road faisait souffler son Heavy Metal aux élans tantôt Epic et ultra Heavy tantôt Progressif et mélodique aux frontières du FM. Le tout sans chichi avec ce son brut et intemporel qui caractérise Manilla Road et où la dynamique rythmique se fait toujours captivante même dans les instants calmes. J’ai fait l’impasse sur Mysterium sorti en 2013 faute de temps. A noter aussi Hellwell le projet de Mark Shelton Heavy Metal / Doom Metal Progressif (presque Thrash Death par moments) vraiment excellent et très proche de la musique et de l’esprit de Manilla Road (album en streaming intégral sur Bandcamp ici).
Ce nouvel album se présente sous la forme d’un double Cd avec l’album The Blessed Curse sur le premier et After The Muse sur le second cd composé de divers inédits qui sont quasi tous orientés plus acoustique et « tranquillou » que l’album au contenu très Heavy comme nous allons le voir. Le lineup de Manilla Road n’a pas changé depuis 2011 et s’articule autour de Sir Mark Shelton guitares / Chant et de Bryan "Hellroadie" Patrick au chant avec Josh Castillo à la basse ainsi que le dernier venu le tantaculaire Andreas Neuderth à la batterie. S’il fallait donner deux adjectifs pour qualifier les compositions du Manilla Road ce serait sans conteste : simple et efficace !
Si vous avez du mal à cerner le terme Heavy Metal et les concepts rythmique et musicaux qui en découle, l’écoute des brûlots que sont « Kings of Invention », « Truth in the Ash », « The Dead Still Speak », « Kings of Invention » et sa basse titanesque, « Reign of Dreams », les majestueux mais viriles « Luxiferia's Light » , « The Blessed Curse » ou « Sword of Hate », vous les ferons rentrer dans le crâne à grands coups de riffs, de vrombissements de basse, de roulements de batterie et de solos enlevés. La dualité du chant clair de Mark et celui plus rocailleux et puissant de Bryan fonctionne toujours à merveille !
La face mélodique et progressive de Manilla Road n’est pas en reste puisque elle s’exprime sur une bonne partie de l’album par le biais de Power ballades vraiment bien senties où les guitares acoustiques se font nombreuses tel que le superbe et entêtant « Tomes of Clay » aux leads celtisant et à l’emphase Pagan Metal. D’autre power ballades m’ont énormément plu comme celles plus acoustiques qui composent la quasi-totalité du second Cd ou d’autres tels que « Falling » et la très réussie au progressif 70s « The Muses Kiss » qui clôture le disc1. Le splendide et très épique « All Hallows Eve 2014 » avec ses quinze minutes au compteur vaut son pesant de cacahuètes et m’a remémoré de grand moment de la carrière du groupe !
Bref cet album est un indispensable pour qui ce dit apprécier un tant soit peu le Heavy Metal ! Le vrai ! Celui qui coule dans les veine de ce grand groupe depuis tant d’années et dont la source ne s’est jusqu’à présent jamais tari ! Non Manilla Road n’est pas mort contrairement à bon nombre de ses contemporains ! Gloire à Manilla Road qui toise tout le monde du Heavy Metal avec beaucoup d’aplomb et de majesté !
Golden Core Records / 2015
Tracklist cd1 The Blessed Curse (47:55) : 1. The Blessed Curse 2. Truth in the Ash 3. Tomes of Clay 4. The Dead Still Speak 5. Falling 6. Kings of Invention 7. Reign of Dreams 8. Luxiferia's Light 9. Sword of Hate 10. The Muses Kiss.
Tracklist cd2 After the Muse (50:36) : 1. After the Muse 2. Life Goes On 3. All Hallows Eve (1981 Rehearsal) 4. In Search of the Lost Chord 5. Reach 6. All Hallows Eve 2014.