Triosphere n'a bien qu'un défaut : être avare de sa musique. Car ce troisième opus, Heart Of The Matter, arrive quatre ans après The Road Less Travelled (2010). Le premier essai, Opus remonte lui à 2006 ! Trois disques en huit ans, c'est peu même si on est conscient que les trois membres du groupe norvégien ne vivent sans doute pas de la vente de leurs disques. La contrepartie d'une telle parcimonie est une qualité d'un très haut niveau. Chaque disque me semble meilleur que le précédent et que Heart Of The Matter est assurément le meilleur de qu'a produit Triosphere.
Non que le propos ait fondamentalement changé : le power metal progressif et lyrique du groupe de la chanteuse et bassiste Ida Haukland conserve son style articulé autour la voix somptueuse d'Ida et des compositions complexes et racées du virtuose Marius « Silver » Bergesen. Les compositions, malgré l'influence progressive évidente et la richesse des idées, restent d'un format intermédiaire (aucune n'atteint les six minutes ce qu'on peut regretter). L'accessibilité est fondée largement sur la qualités des refrains emphatiques en diable d'Ida alors que la technicité s'étaie sur les modulations vocales impressionnates de la chanteuse, alternant le puissant, le lyrisque, le mélodique ou l'agressif, mais aussi sur le brio des solos fréquemment décoiffants et sur l'abondance des riffs truffés de syncopes et de contre-temps.
Au milieu de cette floraison créative on distinguera tout particulièrement le majestueux « The Heart's Dominion » ou le plus mélodique « Breathless » qui lorgne légèrement vers le hard rock mélodique. « Remedy » intéressera tout particulièrement par sa structure duale avec l'apparition d'un piano inattendu en conclusion. « Steal Away The Night » avec ses parties doubles de guitare et son crescendo fait un sans faute, dans la lignée des morceaux les plus typiques du combo. « The Sentinel » retiendra l'attention tout particulièrement par son riff à se décroche les vertèbres et par son duo de guitares lors des solos. Et encore une fois le chant d'Ida y est divin. Il manque peut-être une pièce épique de huit ou neuf minutes pour que le bonheur soit sans nuage sur troisième disque.
« Le mieux est l'ennemi du bien » dit le proverbe. Heart of The Matter vient encore d'en démontrer la fausseté. Car il constitue un presque sans faute pour Triosphere.
Baptiste (8,5/10)
AFM Records / 2014
Tracklist : 1. My Fortress 2. Steal Away the Light 3. The Sentinel 4. Breathless 5. Departure 6. The Heart’s Dominion 7. As I Call 8. Relentless 9. The Sphere 10. Remedy 11. Storyteller 12. Virgin Ground

Voices est un groupe anglais formé en 2012 à l’initiative du batteur David Grey et du guitariste Peter Benjamin. Ils étaient tous deux connus d’un certain publique esthète du Metal Extreme pour avoir fait partie du super groupe de Black / Death Metal Avant-gardiste et Progressif anglais Akercocke. Akercocke qui avait étrangement arrêté toutes activités la même année sous l’impulsion de son leader et principal compositeur Jason Mendonça. En interview, David Grey n’a jamais caché son incompréhension et sa frustration face à cette situation. Il s’est donc naturellement lancé dans l’aventure de Voices, en partie pour palier à ce manque et à cette frustration. C’est la raison pour laquelle, en 2013, j’ai appréhendé la sortie de leur premier album From the Human Forest Create a Fugue of Imaginary Rain comme une réalisation de Akercocke. J’avais comme David été contrarié par leur split et c’est peut être une des raisons pour laquelle j’avais mis de manière un peu abusive cette première réalisation de Voices dans mes Tops de 2013. Il faut dire pour ma défense qu’on attendait quand même depuis 2007 le successeur de Antichrist, le dernier album en dates de Akercocke. J’’étais donc peut-être trop enthousiaste à l’idée de retrouver ce Metal Extreme hyper bourrin, progressif et très sinueux !