Archive for the ‘ Interviews ’ Category

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Nous nous étions vu en janvier 2013 pour la sortie du précédent opus. Que de neuf depuis ?

RH : Il n’y a pas eu que du très beau. Pas mal de conférences préventives avec Laurent Karila et plusieurs sont encore programmées. Et ce n’est pas toujours très positif pour moi car cela remue vraiment la merde. En particulier une conférence que nous avons donnée il y a un an de cela, à Ancenis (et d’ailleurs nous y retournons très bientôt), a provoqué une vraie rechute. Finalement ce fut l’effet inverse. Donc cela a été six mois très problématiques, j'ai vécu ma vie à un rythme effréné que je n’avais jamais connu. Mes rapports avec la substance étaient devenus très ponctuels et là ça été tous les jours, tous les jours. Tu sais quand le cerveau est malade, le cerveau est malade. C’est une maladie et je ne bats pour que les gens le comprennent.

Et pourtant il y a eu sur cette période un album en solo, Tout recommencer

Oui mais ce fut un album de rupture, une rupture avec ma femme qui s’est barrée pour des raisons… Elle a été beaucoup plus forte que moi et elle est partie pour sauver sa peau. Et je n’ai pas pu lui donner ce qu’elle voulait. Et un album constitue bien sûr une catharsis, c’est ainsi pour tous les artistes, en particulier les auteurs compositeurs…

Mais aussi pendant cette période, SATAN JOKERS de retour et dont tu annonces pourtant la fin dans…

(il me coupe) Oui alors ça je vais y répondre tout de suite, comme tu vas y venir. J’y ai peut-être été un peu fort sur cette idée. D’abord il ne faut jamais dire jamais avec ce groupe et deuxième point je suis fan d’arts martiaux et de boxe et je suis fan de Mike Tyson et que pense que ce dernier a livré six combats de trop. Oui six combats de trop dans lesquels il est tombé. Alors que je suis fan de lui, pour moi c’était le meilleur. Il était dur, d’une violence absolue alors qu’en réalité c’est un tendre, un sensible. J’ai lu son autobiographie et il a un phrase magnifique sur l’addiction: « il était un artiste de la rechute ». Cela reste une phrase magnifique !

Tout cela pour dire quoi, pour dire qu’il a fait l’erreur de ne pas savoir s’arrêter à temps et je ne veux pas faire moi aussi le combat de trop avec SATAN JOKERS. Tu vois ce que je veux dire ? Je ne veux pas faire l’album de trop et donner ainsi le bâton pour me faire battre alors que là c’est unanime sur Sex Opera et qu’enfin le groupe est reconnu à une valeur méritée. Depuis Addictions, le groupe est vraiment redevenu le groupe avant-gardiste que tout le monde reconnaissait déjà dans les années 80. Donc voilà, la trace est laissée, nous sommes reconnu par les autorisé et le gouvernement. Addictions est un objet de prévention, il est reconnu est utilisé par la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues Et les Conduites Addictives (MILDECA). Donc pour moi la boucle est bouclée.

Oui et puis Sex Opéra clôt l’aventure et referme un chapitre…

Oui c’est un triptyque et il faut le comprendre. Pour des gens le hard c’est juste secouer la tête mais pour nous c’est un tout petit peu plus intellectuel et nous faisons attention à notre propos, au message et nous avons désormais bouclé un triptyque avec le docteur Karila avec cette fois-ci un album sur les addictions et les perversions sexuelles.

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0Comment travailles-tu et comment se fait la sélection avec ta carrière solo et SATAN JOKERS quand tu composes chez toi ?

Cela n’a rien à voir. Quand je suis très avancé sur un projet, je m’emmerde très vite. Donc de là vient la nécessité de faire autre chose. Donc alors je travaillais sur Tout Recommencer et avant même d’avoir fini l’album j’étais déjà en partie sur FURIOUS ZOO. Quand j’étais bien avancé sur ce deuxième projet, je me suis attelé au live de SATAN JOKERS qu’il fallait alors mettre en forme. Mais c’était facile car c’était fait déjà. Mais surtout une fois le live publié, il fallait un nouveau SATAN JOKERS. Donc pendant le live j’étais déjà en train de me projeter sur le futur album. J'ai une structure mentale qui fait que je vais bien au bout de tout, rien ne reste dans mes tiroirs.

Mais il y a pire : je suis déjà sur la suite. C’est ce que j’essaye d’expliquer à Serge Perathoner et Jannick Top, les arrangeurs de Michel Berger à l’époque de Starmania et la Légende de Jimmy, car je veux monter un spectacle musical pour 2015/2016. J’ai terminé l’écriture d’un bouquin qui s’appelle Rockstar, 48 h d’une vie rêvée qui montre que la vie de Rockstar n’est absolument pas une vie de rêve et que je veux décliner en album et en spectacle musical. Et là alors que je te parle dans le cadre de Sex Opera, je me suis fait les dents en termes d’écriture d’un opéra rock sur Sex Opera et j’ai déjà, au chaud, vingt-et-une chansons pour Rockstar dont deux trucs que je reprends de SATAN JOKERS que sont « Euphorie » et « Dealer » parce le spectacle raconte le parcours initiatique d’un gamin qui veut devenir une rockstar, qui va le devenir mais qui va se perdre dans la came, qui va perdre sa femme etc…

Comment considères-tu ce Live Bootleg sorti en 2014 ?

C’est un moyen de se faire plaisir, comme un collector pour notre public. C’est un truc à la con, avec un son moyen. Le premier est bien et le second reste anecdotique. Mais c’était histoire d’avoir un double-album pour le prix d’un. Nous voulions faire plaisir aux fans. Ils ont la bande son du SATAN’S FEST, un témoignage brut et vrai du concert donné l’année d’avant. Et avec cela le vrai live fait avec le mec que je viens d’avoir au téléphone, le mec de Metallian, Christophe, qui était l’organisateur d’un super festival à Laudun l’Ardoise qui disparait malheureusement parce qu'il s’est fait dégagr. Le mec qui a repris la mairie ne veut pas de hard-rock à Laudun alors qu’il y avait six ou sept cents personnes. C’est débile et quand j’entends cela me fait mal au cul.

Sur les textes que tu publies sur ton site internet tu précises que SATAN JOKERS avance sans agence de booking. Choix délibéré ou situation subie ?

Ah non c’est une souffrance. Tu me dirais, je suis manager je te dirais banco fais tout ce que tu peux, vas-y. 10 % ? Ok, fait-le ! On en a pas et tu sais pourquoi ? Car il n’y a pas les structures. Donc on a trouvé un petit booker qui a longtemps bossé avec NIGHTMARE, mais pour entrer des dates c’est compliqué. Il va rentrer plus de dates pour FURIOUS ZOO car c’est moins cher que pour SATAN JOKERS. Et ce n’est pas logique. Avec Sex Opera, nous devrions pouvoir tourner sans arrêt. Donc cela ne se fera pas.

Et quand on s’appelle Renaud Hantson, cela n’aide pas ?

Non mais cela n’as rien à voir. Déjà Renaud Hantson il tourne peu, cela fait bizarre de parler à la troisième personne, mais bref il tourne peu pour une raison très simple. Je ne veux pas baisser le tarif vis-à-vis des mairies et des organisations locales. Donc je fais allez, trois ou quatre concerts par an en solo où je prends le pactole mais je ne céderai pas.

SATAN JOKERS a déjà un peu cédé et cela me fait chier. Mais sans ça, nous ne jouerions pas du tout. Donc oui c’est l’horreur, tu as tout compris.

Et les pays limitrophes ?

Et bien honnêtement je n’en sais rien, je ne connais pas l’intérêt potentiel pour un groupe qui chante en français. Il faut pouvoir s’appuyer sur des mecs qui savent, quelqu’un de rencardé. C’est dingue, mais on n'a pas cette personne-là. C’est une tannée absolue. J’aimerai bien tourner régulièrement avec SATAN JOKERS.

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Tu disais que tu devais enchainer rapidement les projets et te projeter rapidement vers le suivant mais au niveau des concerts aussi tu alternes beaucoup entre des différents projets. Même raison, même punition ?

Ah nouveau je m’emmerde très vite et donc comme tous les mecs blasés, ce qui m’a emmené à la cave c’est d’avoir tout connu trop vite. J’ai fait la plus petite salle de Paris et la plus grande, et c'est même chose pour la France, j’ai fait toutes les plus grandes salles, tous les Zénith par exemple : je m’y suis produit entre une et dix fois dans ma vie à travers les comédies musicales, en tant qu’Hantson solo etc… J’ai assouvi 99,9 % de mes rêves ce qui doit faire chier certains envieux et aigris sur le net. Car il doit rester une dizaine de connards, un noyau de moins en moins nombreux, mais encore une petite dizaine qui essayent de colporter des conneries vis-à-vis des autres.

Donc c’est ça, je me fais chier donc je multiplie les aventures artistiques. Mais il y a un challenge aussi, tu sais moi j’aime me faire peur en passant d’un truc à l’autre. FURIOUS ZOO une date et JUDAS FEAST dès le lendemain c’est chaud, vocalement surtout. Et au niveau des textes, avec des antisèches bien sûr on fait aller.

Pourquoi un tribute band à JUDAS PRIEST ?

Ce tribute band à JUDAS est amusant, nous faisons cela deux fois par an. Tout est parti d’une vanne avec Karila, nous étions alors à un concert de JUDAS PRIEST lors de leur dernière tournée en France, il y a trois ou quatre ans de cela, et je déconne en lui disant que ce serait sympa de faire un exercice de style comme un spécial THIN LIZZY…

Et je pensais faire ça avec FURIOUS ZOO. Et j’en parle à un pote à moi spécialiste des tribute bands qui est David Lefèbvre le batteur de SHOWTIME et on monte une équipe et me propose Vid'Da, le guitariste de SNAKE EYE et moi je ramène Julien Loison de FURIOUS ZOO et Zurita mon guitariste attitré qui est un tueur et qui sait tout faire. Et c’est parti comme cela.

JUDAS PRIEST a une place particulière dans la construction de ta culture hard ?

Oui bien sûr mais vocalement nous sommes aussi différent. Je suis moins monolithique que Rob Halford, moins British Steel tu vois ? C’est vrai que quand j’entends une balade avec Halford je vais vite m’emmerder car il n’est pas mélodieux alors qu’avec Glenn Hughes je vais vibrer. Mais Glenn est plus soul, moi aussi et bien évidement je suis plus Hughes et Coverdale qu’Halford.

Je suis un fan absolu d’Halford mais aussi de Robert Plant, Dio, Coverdale, Hughes, Gillian et Steve Marriott. C’est pour moi la quintessence vocale de mes influences.

Et dans la nouvelle génération ?

Ah mais rien, que dalle. Ce n’est pas que les mecs ne sont pas bons mais tout a déjà été fait. Tu trouveras de bonnes choses ici et là, mais c’est du recyclage. Je vais revenir à Paul Rogers… Tu vas me dire oui mais ILL NINO c’est bien mais tu dire le timbre de la voix du mec j’en suis incapable alors que j’adore le groupe. Il passe de thrash à mélodieux et ça il faut savoir le faire, en plus il le fait seul mais il n’a pas un grain marqué. Dio avait une voix inimitable et reconnaissable entre mille. Pour moi, je suis désolé, si je ne dois garder qu’un gueulard, je dirais Anselmo mais les autres ne m’intéressent pas. Lui au moins il va au bout du truc.

Quelle est la première chanson composée de ce Sex Opera ?

Bonne question, je dirais « Préliminaires à l’Infini » ou alors « Sexaholic » je ne sais plus. Ce sont des chansons que j’ai composé à Valence avec ce que j’appelle l’un des songwriters extérieurs à l’album puisque j’ai utilisé comme le font Steven Tyler et Joe Perry d’AEROSMITH, j’ai utilisé d’autres mecs que Mulot, Zurita ou Ouzoulias. J’ai bossé alors avec un très jeune guitariste qui a vingt piges sur trois chansons : « Préliminaires à l’Infini », « Sexaholic » et « Royaume Décadence ». Il s’appelle Yaniss Croze. C’est la guitariste d’un groupe qui s’appelle les TOONS est qui est un tribute à QUEEN que j’avais pris à un Satan’s Fest.

J’avais alors besoin de tester les textes de Karila car je n’y croyais pas du tout, je ne croyais pas du tout au livret. J’avais un mal fou : je voyais bien qu’il se faisait plaisir mais cela ne me semblait pas aussi fort que sur Addictions et Psychiatric. Alors Psychiatric est le seul album où je ne comprends pas tout, au mieux six mots de ce que chante. Donc on a fait un album hermétique de fusion métal car il fallait bien le faire un fois dans la vie, et là sur Sex Opera je ne voulais pas me louper et faire l’album ultime de SATAN JOKERS. Donc j’ai beaucoup corrigé c’est bien pourquoi il a tant de co-signature sur les textes alors que d’habitude je touchais qu'à quelques textes.

Alors que là nous avons dû conserver deux textes de Laurent en l’état et pour le reste nous sommes passés par un vrai travail de réécriture, de changement de certains mots… Car il utilisait beaucoup des termes déjà sur Addictions et je ne voulais pas montrer uniquement le côté sombre de l’addiction, le côté misérabiliste. Je voulais que d’autres choses soient abordées. Tout est neuf sur Sex Opera, rien n’a été conservé de Psychiatric. Je n’ai plus rien pour SATAN JOKERS, il doit me rester un slow mais qui est pourri, impassable.

Avez-vous modifié votre méthode de travail pour Sex Opéra par rapport aux précédents ?

Il y a un savoir-faire aujourd’hui, ce qui a été différent c’est l’apport des songwriters extérieurs, Stéphane Nowak pour deux chansons dont la chanson finale est qui fondamentale dans l’histoire du groupe. Avec « VIP HIV » c’est la première fois qu’un album fini mal, car le héros attrape le sida et un sida ferme et définitif. La trithérapie ne pourra rien pour lui, il s’est suicidé au sexe donc il est plombé. Stéphane Nowak signe « VIP HIV » et « Asphyxie Erotique » en duo avec Virginie Goncalves du groupe KELLS.

Yaniss Croze donc sur trois chansons et ce guitariste exceptionnel qu’est Sébastien Bizeul qui a un projet qui s’appelle ALIEN BREAKFAST, sur « Promis ». J’ai fait pour ce dernier sept ou huit textes en anglais pour son projet. Et il y avait cette chanson « Promis » qui est le premier clip extrait du disque. J’avais bossé avec lui sur « From Now On » avec une super mélodie mais il ne l’utilisait pas. Donc je lui ai proposé de faire partie d’un groupe culte comme SATAN JOKERS. Avec sa chanson, nous en avons fait une bombe.

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Comment s’est fait le choix des invités sur cet Opera rock ?

Pour Buriez cela a été du sur-mesure car Laurent a toujours voulu compter sur Stéphane de LOUDBLAST comme contributeur à ce disque et en particulier dans le rôle de King Sodom. Et la description du personnage c’est carrément Stéphane, si tu reprends les paroles, « crâne rasé, la barbe taillée… », c’est lui. On se connait et on se pratique donc ce fut assez naturel de travailler ensemble avec lui. On s’aime bien et se respecte, on s’amuse. Laurent le côtoie plus que moi mais j’apprécie quand je le rencontre. Et surtout il existe de chaque côté un grand professionnalisme et cela facilite le processus de collaboration. Stéphane ce fut une heure quinze de studio : comme moi il a l’habitude, il sait ce qu’il doit faire. Il a quadruplé ses voix, sextupler ses voix même pour donner le punch nécessaire. Il a fait le thrash attendu pour ce personnage-là. Pour le reste j’ai rempli les cases. Il fallait une dominatrice et j’ai pensé à Virginie de KELLS.

Tu dis que c’est la sélection de rêve du métal français. Je t’en remercie mais je n’en suis pas sûr. En tout cas c’est une super sélection, il ne me manque qu’un seul nom et c’est TRUST. J’ai contacté Norbert (Krief) et il devait le faire. Finalement un mois avant l’enregistrement il s’est retiré de l’affaire. Comme il a refusé je suis allé voir l’ennemi, donc les autres. Pour faire le tour j’ai demandé à Vivi (Yves Brusco) et j’ai demandé à Bernard (Bernie Bonvoisin). J’avais en effet envie de faire un duo avec Bernie sur « Préliminaires à l’Infini » qui sonne très TRUST, plus exactement qui aurait pu sonner très TRUST. Et Vivi m’a dit oui pour finalement se rétracter pour partir en tournée avec un groupe australien qui s’appelle je-ne-sais-pas-comment (NDLR : KORITNI sans doute) et pour Bernard j’attends toujours la réponse.

Je ne fonctionne pas ainsi : on m’envoie un projet qui est plutôt un beau projet qui va faire parler et si cela ne m’intéresse pas, je réponds gentiment, c’est de la correction. Cela ne change pas qu’il faut rendre à César ce qui appartient à César et que j’ai fait du hard rock car j’ai écouté l’élite. Il faut rendre à TRUST cela et j’aurais été très fier et touché de pouvoir compter sur mon disque un ou plusieurs mecs de TRUST. Ce n’est pas le cas, tant pis pour eux, l’album n’en a pas souffert. Je suis ravi du solo de Gildas Arzel (ex-CANADA) et je ne suis pas sûr que Norbert ou Vivi aurait fait mieux. Ce dernier est le Jeff Beck français et personne n’aurait fait mieux que lui sur « VIP HIV ».

Et avec Brigitte Lahaie, la cerise sur le gâteau ?

Oui c’est la cerise sur le gâteau mais j’ai utilisé cette expression toute la journée et je n’allais pas l’employer avec toi. J’allais dire que c’était la figure imposée par Karila. Je n’en voulais pas une autre et comme il l’a connait il devait se démerder. Je ne voulais pas Zara White ou Clara Morgane, c’est Brigitte ou rien. Et elle a dit oui tout de suite. Moi j’ai déjà fait trois interviews avec elle, Laurent a fait beaucoup d’émissions aussi en tant que consultant.

Elle avait une peur c’est de chanter car elle n’a pas le sens de la rythmique. Je lui ait dit, « ne t’inquiète pas, tu ne chanteras pas. Je t’ai fait une voix témoin et tu suis le truc en faisant ce que tu sais faire. ». Et elle était parfaite. Et c’est la plus grande star du X français, elle a su avoir plusieurs vies et c’est une animatrice vedette sur RMC, nous sommes bénis du ciel. On a exactement la personne qui nous fallait. Elle s’en fout de l’image, c’est un album préventif et elle est très fière de contribuer. Et je pense qu’elle aime les nouvelles expériences.

Et la pochette ?

Et bien je suis content que tu abordes toi-même le sujet. Nous avons un nouveau graphiste qui s’appelle Thierry Guillot, un tueur, et qui est un vrai fan de métal. Je suis ravi, je n’ai pas perdu au change.

J’ai regardé tes tatouages pour voir si c’était toi le mec de la pochette…

Non pas du tout ce n’est pas moi mais je dirai à Thierry que tu as dit cela. Je n’aurais pas accepté que ce soit moi avec une tête de mort car elle me fait trop peur. Je l’ai défiée pendant vingt ans et je continue parfois mais je voudrais la vie éternelle, pour tous. J’ai pris progressivement conscience que la pochette était importante. Je n’ai pas toujours proposé des images intelligentes moi, les fils du métal en est un bon exemple.

En solo, on voit beaucoup ta gueule… Oui mais c’est normal, le marché est très différent. Regarde les disques de variété, il n’y a que ça. C’est dommage et c’est pourquoi sur le quadruple coffret live que je sors en mars, je vais rebrancher Thierry et on va faire un vrai travail avec ma gueule oui mais un travail de graphiste dessus.

Pour Sex Opera, je lui ai donné la mission: Sabbath Bloody Sabbath, on voit cela autour du lit. D’abord on voit les monstres et ensuite on voit la famille qui pleure. Et la mission de Karila c’était que l’on voit le Club « 6 Sex 6 » pour que l’on comprenne que cela se déroule dans un club échangiste. Il fallait des éléments maléfiques car King Sodom va tellement pervertir le mec que je joue, qui était déjà bien plombé, que le mec se perd. Si la question est suis-je obsédé sexuel ? La réponse est oui je le suis. Par contre je n’ai pas le VIH.

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Dans tes périodes les plus sombres, as-tu connu tous ces personnages ? Tu pourrais mettre des noms sur chacun d’eux ?

Ou bien sûr j’ai connu des King Sodom. Je connais quasiment tous les patrons des clubs échangistes parisiens. Et ils ne sont pas tous maléfiques.

Le fait que l’album soit publié le 2 décembre 2014, bicentenaire de la mort de Sade comment faut-il le comprendre ?

Oui c’est un gag en fait. Il est effectivement sorti ce jour-là car nous avons trouvé qu’il s’agissait d’une belle occasion. Cette idée m’a été soufflée par un journaliste qui s’appelle Hervé SK Guégano et qui a signé la préface du fascicule internet de l’ebook d’Addictions publié par Karila et moi, un très bon texte, un journaliste de rock très sympa, sataniste, c’est la seule chose qui me dérange avec lui. C’est un vrai et moi pas du tout. Il m’a soufflé l’idée sur Facebook en me disant que je ferais mieux de ne pas le sortir en janvier 2015 mais plutôt le 2 décembre 2014 qui marquait le bicentenaire de la mort du Marquis de Sade. Et là je lui ai dit « Hervé, très bonne idée ! ».

Les fans en auront encore pour leur argent avec le documentaire qui accompagne l’album. Cela fait encore plus fin de règne, fin de l’histoire non ?

Moi je pense encore une fois que l’aventure devrait s’arrêter là. Mais tout le monde me dit le contraire et il ne faut jamais dire jamais donc pourquoi pas. Il faut voir. Il existe d’autres envies comme celle c’un super groupe français avec Karila donc les options restent ouvertes. Ce que je veux simplement dire c’est que ce film, La Grande Illusion, est né de l’initiative d’un mec qui est venu me voir avec les cheveux longs, moi j’étais à deux grammes de Pastis et six grammes de rouge et il vient me voir faire un bœuf à Béziers il y a près de deux ans de cela. Et il me dit qu’il veut faire un grand film sur SATAN JOKERS. Et je lui réponds, « si tu veux », ce qui signifie démerde toi en résumé.

Et un mois et demi ou deux mois après, il m’envoie un montage de quatorze minutes, le premier montage, où on voit qu’il a réussi à obtenir l’accord de Francis Zégut, je lui donne le numéro de téléphone de Zouille, bref il se démerde. Et il y a ce fameux passage sur Laurent Bernat avec qui j’ai monté SATAN JOKERS qui, paix à son âme, est malheureusement décédé il y a une dizaine d’années. Et là je pleure. Et donc je lui ai ouvert tous mes tiroirs, je lui ai tout donné, les photos et les infos introuvables… Après on aime ou on n’aime pas ce travail et sa réalisation mais moi j’aime bien car cela m’évoque les documentaires historiques à l’époque sur VH1.

Tous nos remerciements à Roger WESSIER (Replica Promotion)

 

Chronique de l'album ici

Site internet

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01. Peux-tu présenter à nos lecteurs STEREOTYPICAL WORKING CLASS ? Pourquoi ce nom ?

Nous sommes un groupe de rock un peu énervé mais assez porté sur les mélodies, nous existons depuis 1999, on vient de Lyon et on va là où le rock’n roll nous emmène !! Pour notre nom il signifie les stéréotypes de la classe travailleuse, bref les beaufs, et on aime bien le contraste entre le sens peu glamour et la consonance très « american ». Après il paraît que la longueur c’est souvent pour compenser autre chose, probablement notre absence de panache capillaire.

 

02. Quel est votre état d’esprit quelques semaines après la sortie de Every Cloud Has A Silver Lining, quels sentiments dominent sur ce disque avec le recul ? Cinq années de silence discographique c’est long, non ?

On vient de faire les concerts de sorties de l’album sur Paris et Lyon et on est très contents, les retours sont bons, les gens qui nous suivent accroche toujours et d’autres gens nous découvre. On est très fier de cet album, on a abordé son enregistrement avec une idée assez claire du chemin que nous voulions prendre et nous sommes arrivés à destination. Nous voulions quelque chose d’assez brut, proche du live pour mettre en avant l’émotion et la spontanéité des morceaux et Fabrice Boy nous a vraiment aider à emmener notre bateau à bon port.

Concernant ces cinq années entre Day after Day et Every Cloud Has a Silver Lining, je comprends que ça puisse paraitre long mais de notre côté entre les dates liés au précédent album en France et à l’étranger, la composition de nouveaux morceaux et l’organisation de l’enregistrement, il y a toujours eu une continuité et des étapes dans notre activité musicale même si la visibilité de celle-ci fait parfois défaut. Et puis il y a un temps de « gestation » propre à chaque groupe aussi bien du côté artistique qu’au niveau des moyens pour réaliser un album cohérent et qui correspond à ce qu’on veut donc on a fait les choses à notre rythme et à notre manière.

 

03. Comment s’opère la magie au sein du groupe et nait une nouvelle chanson ? Au niveau des paroles quel message voulez-vous mettre en avant ?

On recherche sur Google des morceaux libre de droits, on les dépose à la Sacem et on apprend à les jouer après !! Après de temps en temps l’un d’entre nous arrive avec un riff où un schéma de morceau et si tout le monde accroche on travail jusqu’à obtenir un résultat qui nous convienne mais ça reste exceptionnel comme démarche. Concernant les paroles , les chansons permettent de parler de tranches de vies, de situations qui nous touche, il n’y a pas vraiment de message en tant que tel, l’atmosphère du morceau va évoquer un thème à celui qui va écrire les paroles et la musique deviens une sorte de décor pour raconter une histoire, des fois il y a un thème défini avant même le morceau et d’autres c’est le morceau en fonction de ce qu’il dégage et inspire qui créera ce thème.

 

04. Que pouvez-vous nous dire des sessions d'enregistrement d’Every Cloud Has A Silver Lining ? Avez-vous changé votre façon de travailler par rapport à Day After Day ?

Les sessions d’enregistrements ont été répartis entre deux studios, les basses/ batteries ont été réalisé à l’Hacienda à Tarare et les guitares ainsi que le chant au studio Inglorious à Villeurbanne. Nous avons abordé cet album avec la volonté de coller le plus possible au live et de limiter la « production », donc il fallait réaliser les meilleurs prises possibles. On a eu la chance d’être très bien accueilli dans ces studios et Fabrice qui nous connait bien à sût nous mettre en confiance pour aborder tout ça le plus sereinement possible.

Les sessions ce sont donc passé de manière assez détendues plus que pour les albums précédents. Pour Day After Day nous avions enregistré à Oullins au studio Soic Box qui à malheureusement fermé depuis, les sessions d’enregistrement avait été un peu plus longues et on avait tendance à ajouter des choses au fur et à mesure ce qui n’a pas été le cas pour ECHASL, nous étions moins sereins. 

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05. De votre point de vue quelles sont les principales différences entre Every Cloud Has A Silver Lining et Day After Day ?

Premièrement le fait de basculer en quatuor nous a fait aborder la composition de manière différente en ouvrant peut être un peu plus le champ d’expression de chacun et en essayant d’aller plus vers l’essentiel. Ensuite nous avons aborder l’enregistrement avec la volonté de garder un esprit le plus « live » possible et de mettre l’accent plus sur l’émotion, nous avions une idée assez précise de ce que nous voulions ce qui était moins le cas sur Day After Day où le fait de bosser avec Mark Trombino faisait qu’on attendait plus de voir qu’il vision il pouvait avoir lui des morceaux.

Enfin justement par rapport à Day after Day, au niveau de l’enregistrement comme du mix Fabrice Boy à eu un rôle très important dans la mise au monde de l’album il nous a suivi pendant les répétitions et durant la composition de l’album, il a réalisé les prises de sons comme le mix d’Every Cloud has a Silver Lining, ce qui a permis une continuité et une cohérence par rapport a Day after day ou le mix avait été fait aux US dans un autre esprit que les prises.

 

06. Comment avez-vous travaillé l’aspect visuel comme la pochette ?  Quels échanges/relations entretenez-vous avec les artistes en charge ? Vous préférez désormais la photo ?

Nous avons une nouvelle fois travaillé avec notre pote Frederic Chiodelli qui est un graphiste/photographe qui nous suit depuis longtemps et qui a réalisé nos deux dernières pochettes d’album, c’est un ami qui nous connaît bien et qui arrive à poser des images sur notre univers musical. On a évoqué avec lui les pistes qui nous inspiraient et il à sût digérer le tout et nous faire cette proposition qui nous a plût tout de suite. On aime bien les photos oui après il faut que ça évoque quelque chose, on adore la pochette de FAITH NO MORE, Album of the Year, par exemple.

 

07. Quelles sont vos principales influences ?

Nous avons tous des goûts assez différents mais il y a un socle commun avec des groupes comme FOO FIGHTERS, GLASSJAW, JIMMY EAT WORLD, TOOL, HELMET… 

 

08. Que retenez-vous de votre tournée 2011 outre-Atlantique ?

Une magnifique expérience on a fait beaucoup de route (11 états) et rencontrer plein de gens, on a joué dans des salles mythiques comme dans des petits bars perdus, c’était une véritable aventure et puis cette musique viens de là-bas donc c’était un peu comme remonter la source, jouer et échanger avec des groupes locaux et voir la place que la culture rock peut avoir là-bas c’est vraiment quelque chose. Nous venions de passer à quatre donc c’était pas toujours évident mais ça nous a fait prendre confiance dans cette formule. On espère avoir l’occasion d’y retourner !!!!

 

09. Comment voyez-vous la scène métal française ?

Pour être franc comme les choses évoluent rapidement et qu’on ne suit pas tout on ne peut pas avoir une vision très globale, mais comme toujours il ya des vrais bon groupe en France comme LIZZARD, EZEKIEL, GOJIRA, nos potes de YOUNG CARDINALS et plein d’autres, c’est pas évident car les lieux et associations qui font des évènements ont tendance à se faire rare alors qu’il y a un vrai public. On a l’impression que du coup beaucoup de groupes ont tendance à aller jouer de plus en plus à l’étranger.

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10. Quels sont vos espoirs et attentes pour STEREOTYPICAL WORKING CLASS ?

On vise le disque de polystyrène et une tournée en croisière Costa en première partie de Christian Morin !!! Franchement continuer de pouvoir faire des albums et des concerts un peu partout en se faisant plaisir et en faisant plaisir aux gens qui nous suivent !!!

 

Et enfin "Le Quizz De Metal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview :

01. Quelle est votre chanson préférée (tous artistes, époques…) ?

"Gnosienne 1 Erik Satie"

 

02. Premier album acheté ?

Use Your Illusion Part 1 des GUNS N’ ROSES

 

03. Dernier album acheté ?

Maceo Parker avec Funk Overload, un classique perdu dans un déménagement

 

04. Quel son ou bruit aimez-vous ?

Le bruissement des sachets de pâtisserie

 

05. Quel son ou bruit détestez-vous?

Le réveil

 

Tous nos remerciements à Marion Perrié (Promotion Klonosphere)

 

Chronique de l'album ici

Site internet

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01. Quelques semaines avant la sortie de ce nouvel album dans quel état d’esprit êtes-vous concernant cette nouvelle aventure ?

André Olbrich : Il y a forcément un double sentiment, entre excitation et soulagement. Je dois bien avouer avoir senti un profond soulagement à la fin de cet enregistrement, la touche final d’un processus de près de dix-huit mois. Il s’agit toujours d’une période de forte pression, à un moment ou un autre des dates limites apparaissent et il faut pouvoir finaliser le disque à temps. Mais notre musique en demande beaucoup et il faut savoir s’arrêter alors que notre musique peut toujours évoluer, tu peux toujours intégrer de nouvelles idées…

Donc le soulagement est un sentiment naturel quand tout est enfin finalisé. Je suis très satisfait de ce disque et nous attendons avec impatience la réaction des fans. Jusqu’à présent tout le monde est très enthousiaste, excité par ces chansons et je ressens une vibration très positive. Tout va bien pour l’instant.

 

02. Tu mentionnais la nécessité de gérer des dealines. D’où viennent ces obligations, de vous-mêmes ou du label ?

Au début nous n’avons aucune pression d’aucune sorte, nous n’avons de calendrier fixé à l’avance, nous travaillons sur ce que nous voulons, quand nous le voulons, au rythme que nous voulons. Mais à un moment, ton travail doit bien sortir vers le public et être fabriqué pour pouvoir être commercialisé. Tu ne peux pas vouloir presser des milliers de disques du jour au lendemain, il faut s’organiser, fixer une date de fin de l’enregistrement pour convenir d’une date de publication. Donc les deadlines apparaissent toujours, une date à laquelle tu dois livrer les masters.

En général, tu fixes ainsi ton calendrier quand la moitié de disque est terminée en termes de production. Mais encore bien des choses peuvent alors se produire et retarder la finalisation de la deuxième moitié. Et en fait, nous sommes toujours en retard (rires).

 

03. Mais ne serait-ce pas un rêve pour vous de pouvoir publier votre musique sans cette grosse machine commerciale, presque juste après la fin de la production ?

Oui tu as raison mais cela reste un rêve. Nous nous assurons toujours de bénéficier d’assez de temps et pour cela nous retardons au maximum l’annonce d’un sortie officielle. Beaucoup de groupes annoncent la sortie de leur futur album quand ils ne sont qu’au stade de la composition des nouvelles chansons. Nous attendons pour notre part que la moitié de l’album soit déjà en boite. Tout le reste est déjà en place. Nous tenons compte du temps nécessaire pour compléter la moitié du disque et nous nous imposons la même durée pour la deuxième partie.

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04. Pourquoi avoir pris tant de temps entre deux albums ? Si j’en crois Wikipedia, il s’agit d’un record pour BLIND GUARDIAN (trois jours de plus qu’entre A Night at the Opera en 2002 et A Twist in the Myth en 2006) ?

Ton information est tout à fait juste et la raison s’avère finalement assez simple. Pour ne vingt-cinq ans de carrière, nous avons publié un énorme coffret de tous nos albums remastérisés et certains mêmes remixés. Cela a pris énormément de temps. Ajoutes à cela la sortie d’un best-of Memories of a Time to Come en 2012 et cela aussi a nécessité bien des efforts. Ces deux sorties à elles-seules ont pris une année. Nous nous sommes chargé des remasterisations et des remixes des albums, dans notre propre studio, avec notre supervision pour tous les détails, nous voulions nous assurer que les albums qui sortiraient de ce processus aurait le son voulu et une véritable valeur ajoutée. Nous avons toujours eu des standards de qualité assez élevée et il fallait que nous soyons dignes de cette réputation.

 

05. Avez-vous ainsi pu corriger certaines choses que vous n’aimiez pas du premier mixage ?

Non pas de tout, j’aime les anciens mix et nous avons toujours été satisfait du son de nos albums au moment de leur publication. Mais les techniques évolues et t’offrent de nouvelles opportunités. En particuliers nos premiers disques ont été masterisés pour une sortie au format vinyle, par pour un support CD qui est apparu plus tard. Et sur disque vinyle, ils continuent de sonner extrêmement bien mais sur CD il me semble que quelque chose manquait. Et avec la technologique analogique de l’époque, tu ne pouvais pas mixer avec le niveau de détail disponible aujourd’hui. Maintenant tu programmes absolument tout, les moindres détails sont travaillés.

Nous avons donc re-digitalisé chaque piste et avec cette nouvelle matière, un nouveau mixage a été appliqué. C’était le seul moyen d’avoir, à la sortir, un résultat à la hauteur de ce que nous proposons maintenant. Donc prendre cette musique du passé et lui donner un lustre de la décennie 2010. Nous n’avions pas ces possibilités avec les tables de mixage de l’époque, il fallait alors tout faire à la main dans les années 80, pas d’ordinateurs pour faciliter le travail. Je mentionne ces détails car tes lecteurs ne se rendent peut-être pas compte de la façon de travailler des années 80, rien à voir avoir ce que l’on fait aujourd’hui. Il n’y avait pas de Pro-tools alors, ces techniques n’existaient tout simplement pas. C’est pour cela que nous nous sommes lancés dans cette démarche.

 

06. Mais alors pourquoi n’être pas allez au bout de l’idée et de réenregistrer ces albums ?

Je n’aime pas cette idée car je pense que ces chansons doivent rester des témoignages de l’époque et le réenregistrement te ferait perdre l’esprit de ces années-là. Au moment d’enregistrer tu as une ambition, une vision claire de ce que tu veux proposer et tu fais tout pour y parvenir. Tout est différent maintenant, nous visons différemment, notre environnement est différent et nous ne pourrions plus capturer le même état d’esprit. Les concerts sont un bon moyen de redonner vie et modernité à ces vieilles chansons. J’aime les albums live et cela nous permet de nous amuser et d’expérimenter certaines variations.

Tu peux à l’occasion, ponctuellement réenregistrer un titre pour un événement spécial, refaire « Imaginations from the Other Side » modernisé car c’est une chanson tellement forte qu’il est intéressant de la retravailler dans l’environnement moderne du studio. Mais pas un album complet, ce serait ennuyeux.

 

07. Beyond the Red Mirror est votre dixième album. Avez-vous ressenti consciemment ou inconsciemment une pression supplémentaire ?

Non, et nous n’en étions même pas vraiment conscients. Nous avons réalisé cela alors que tout était déjà finalisé. Mais pour moi, cela n’a aucune importance car à chaque fois que nous commençons à travailler sur un nouvel album, il a la priorité totale, j’ai alors une vision assez claire de ce que je veux faire, de la destination à atteindre. Je suis constamment en recherche de nouvelles idées pour encore améliorer notre style dans cette veine métal. Je garde toujours en tête notre dernier album et cela fixe les standards que je dois égalés. Notre dernier album est bon et il a rencontré le succès.

Nous n’avons jamais eu de mauvais albums qui soient sorti sans que je sois pleinement satisfait. Et ils ont tous rencontré le succès. Nous faisons face à chaque fois au même problème, au même dilemme, que peux-tu proposer maintenant qui puisse être compétitif avec des travaux précédents ? Cette pression est toujours présente. J’ai rapidement compris qu’il ne fallait pas chercher à dépasser tel ou tel album car chacun dans son genre a atteint les sommets, la plénitude de ce que nous voulions faire. Mais je peux essayer d’en écrire la suite, avec de nouvelles idées, un son différent, de nouvelles influences qui me font progresser et pique ma créativité malgré mon passé artistique. Quand je trouve quelque chose qui m’excite et me pousse à créer, je pense que ce même élément excitera et intéressera également nos auditeurs.

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08. Donc si je comprends bien, tu envisages ta carrière non pas comme une progression mais comme de nouvelles interprétations d’une même base ?

Non pas vraiment, nous essayons à chaque fois non pas de retravailler les mêmes éléments mais plutôt d’élargir notre spectre musical et artistique. Dans les années 80, nous proposions un Power/Speed métal assez strict et rigoureux et puis nous nous sommes ouverts en comprenant qu’il y avait plus que simplement ce speed métal. Essayons une approche plus mid-tempo et avec Imaginations From the Other Side et même avant, nous avons essayé une approche différente un ralentissant les rythmes, en proposant des ballades. Notre spectre, notre paysage a ainsi pu grandir. Ensuite nous avons travaillé sur des chansons épiques, travaillant avec des samples d’orchestres. Tu trouveras cela sur A Twist in the Myth avec la présence de ces orchestrations programmées. Et ce fut un beau défi à relever.

La suite impliquait de travailler avec un orchestre réel et de voir comment nos approches allaient se combiner. Et sur le nouvel album nous avons continué ces expérimentations en composant une chanson orchestrale et en intégrant dans un deuxième temps seulement la dimension métal de notre musique. Nous avons laissé l’orchestre jouer en premier et sur cette base nous avons ajusté les parties électriques typiquement métal. Cela peut sembler être un détail mais cette approche change du tout au tout notre travail. Nous trouvons à chaque fois des idées pour faire sonner BLIND GUARDIAN de façon différente.

 

09. Il s’avère toujours difficile et risqué de donner ainsi une suite à un album culte. Pourquoi avoir choisi ce défi ?

Il ne faut prendre cet album sous cet angle là je pense. Ce n’est pas un Imaginations From the Other Side 2. L’histoire est simple, Hansi Kürsch a été inspiré par certaines paroles des chansons « Imaginations From the Other Side » et « Bright Eyes ». L’histoire de ce petit garçon qui dans ce premier album prend une décision. Hansi a décidé de continuer à dérouler la pelote de cette histoire en prenant le parti que l’enfant avait finalement pris la mauvaise décision. Il s’agit un peu d’une quête futuriste du Saint Graal. Comme d’habitude, Hansi laisse beaucoup de place à l’interprétation et chacun se fera son idée. Même la fin n’est pas évidente, tranchée, beaucoup de choses restent ouvertes… Une suite est possible.

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10. Comment fonctionne la chimie créatrice au sein de BLIND GUARDIAN ?

Cela fonctionne de façon géniale. Au niveau de la composition, je commence à travailler sur la réalisation de parties instrumentales que j’enregistre moi-même dans mon studio. Mais il ne s’agit alors que de fragments, une minute de musique par exemple et je transmets le tout à Hansi qui crée les lignes mélodiques pour le chant sur cette base-là. Donc en dialoguant ainsi entre nous, une direction se dessine petit à petit. Nous travaillons chacun de notre côté, nous aimons travailler seuls et ensuite nous échangeons des fichiers, nous discutons beaucoup sur nos idées et de la direction à prendre, des nouveautés que nous pourrions introduire, des expérimentations à essayer…

Mais cela ne revient pas à assembler un puzzle d’idées disparate, nous ne faisons pas un patchwork. Nous travaillons de façon très linéaire, nous commençons par l’introduction puis je construis là-dessus un premier couplet qui prépare la ligne vocale etc… Et quand le processus est lancé et que notre base est solide, nous cherchons un refrain fort qui pourrait entrer alors dans la danse. A partir de ces fondations, qui font souvent un tiers de la chanson finale, nous cherchons alors la bonne dynamique qui permettra de rendre la composition intéressante jusqu’à la fin. Nous ne nous intéressons jamais à la durée de la chanson, le flot créatif parle pour lui-même et indiquera naturellement quand il faudra terminer. Nous pourrions toujours continuer mais à un moment j’ai le sentiment que nous avons atteint une certaine apogée, le sommet dramatique et cela aide à conclure. Mais il s’agit alors d’un sentiment très personnel. Il faut toujours s’assurer de la dynamique des chansons, c’est le plus important.

Tellement de chansons sont intéressantes pendant une minute avant que l’intérêt ne disparaisse progressivement. Tu regrettes alors que le début soit si fort mais que l’excitation ne tienne pas. C’est le plus dur, le plus grand défi quand tu composes, maintenir l’intérêt en insérant de nouvelles idées.

 

11. Ressens-tu un plaisir particulier quand tu viens à bout d’un titre long et compliqué avec de nombreuses orchestrations ?

Non, le plaisir est le même, ce que ce soit une longue et tortueuse chanson ou un titre très simple. La chanson est-elle forte, suis-je excité par elle ? Sa longueur ou sa complexité n’ont aucune importante, simplement les sentiments qu’elle génère en moi et donc chez les auditeurs. Peut-elle survivre à tout ? Quelquesoit la situation, avec une simple guitare acoustique ou accompagné d’un orchestre complet… Si j’ai sentiment que la chanson est complète, j’en suis heureux. Et je n’ai pas besoin pour savoir cela d’avis extérieurs, de demander à tel ou tel ce qu’il ou elle en pense, jamais.

Je ne fais écouter mes chansons à personne à l’exception de Hansi. Et quand nous sommes tous les deux satisfaits, en accord sur le fait que les chansons ont atteint leur maturité, alors seulement nous les faisons écouter à Charlie (Bauerfeind). Et il nous donne alors son avis. Il apprécie toujours nos idées et ce que nous proposons. Hansi et moi avons déjà des influences et des goûts très divers et différents mais une vision commune. Et nos standards de qualité sont très élevés. Nous sommes nous-mêmes des juges impitoyables et nous ne présentons que ce qui a atteint ces standards personnels très stricts.

Nous ne demandons pas à Charlie son opinion sur les chansons elles-mêmes, cela ne nous intéresse pas. Si les chansons correspondent à nos standards à tous les deux nous poursuivons le processus.

 

12. J’ai été surpris par le côté énorme, presque joyeux, coloré de la première chanson « The Ninth Wave » alors que vous êtes plutôt connus pour des ambiances plus sombres. Quel était votre idée ?

Le choix de mettre ce titre en premier a été évident, car pour moi il s’agit de notre chanson la plus surprenante. Je n’aime pas quand les groupes sont prévisibles et que les fans trouent immédiatement leurs marques. Ton objectif en tant que musicien n’est pas de donner aux gens ce qu’ils veulent, répondre à leurs attentes. J’aime les surprendre et prouver encore et encore que la musique n’est pas sclérosée et qu’il y a toujours de la place pour de nouvelles idées, de nouvelles expérimentations.

Nous avons travaillé étape par étape dans avoir spécialement la volonté de faire une chanson extrêmement ambitieuse et complexe. Je disposais de parties instrumentales qui avaient une vraie dimension de musique de film, à la fois fantastique et futuriste. Nous étions surpris et ravis. Les idées se sont alors bousculées chez moi ou chez Hansi et cette introduction a pris de plus en plus de place car nous y avons intégrée toutes nos idées. Ce fut un travail collaboratif vraiment génial. Et avec une telle introduction, il est alors devenu évident que cette chanson allait ouvrir l’album.

Cela sonne comme du BLIND GUARDIAN avec un son très moderne. Et nous aimons le fait que chaque fois que nous avons fait écouter ce disque à quelqu’un tu pouvais lire sur son visage qu’il ne s’attendait pas à cela de nous. J’adore cette réaction !

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13. La pochette signée Felipe Machado est très réussie comme d’habitude. Quelle importance cela a-til pour vous et comment travaillez-vous avec l’artiste en charge de sa réalisation ?

C’est un aspect très important pour nous. Et ce n’est jamais une tâche facile pour nous de choisir l’artiste. Nous avons travaillé avec plusieurs personnes avant Machado comme Andreas Marschall ou Paul Raymond Gregory. L’artiste reçoit l’histoire développée par Hansi, des pages de l’histoire et il peut choisir une scène de cette histoire pour l’illustrer. Mais cela doit s’incarner notre univers et cela s’avère parfois très difficile car chaque artiste a d’une façon ou d’une autre sa propre vision de telle ou telle scène. Pour Beyond the Red Mirror, nous n’avons pas défini la scène à illustrer c’est son choix.

Et nos standards sont très élevés que ce soit pour illustrer l’album ou les singles comme « Twilight of the Gods ». Il a beaucoup dessiné et proposer beaucoup de visuels différents. Nous n’avions pas que Machado sous la main, nous avons fait travailler quatre artistes sur la même histoire et chacun est venu avec son interprétation. Nous avons choisi à la fin notre visuel préféré. Nous n’agissons pas ainsi à chaque fois, pour le précédent nous avions fait travailler deux ou trois artistes. Dans le passé, nous n’avions qu’un artiste et c’est une stratégie risquée.

Une fois nous ne travaillions avec qu’un artiste et il a soudainement disparu alors que nous approchions de la deadline. Nous n’avions alors rien à proposer pour illustrer l’album. Et donc nous avons dû trouver une solution en deux ou trois jours et donc ce fut merdique pour nous et également pour l’artiste. Fort de cette mauvaise expérience, nous ne mettons désormais plus tous nos œufs dans le même panier. Et celui qui fournit le meilleur travail gagne le contrat. Felipe est un artiste talentueux et très efficace. Nous pouvons compter sur lui, il livre en temps et en heure et foisonne d’idées. Quand tu verras le livret de l’album tu seras ébloui, il a fait un dessin pour chaque chanson.

 

14. Ne regrettes-tu pas l’époque où les pochettes étaient peintes et s’apparentaient alors de vrais tableaux ? Maintenant tout est fait à l’ordinateur avec un supplément d’âme en moins, non ?

Je comprends le choix de certains de vouloir conserver l’ancienne méthode face aux créations par ordinateur. Tu ne peux jamais à 100% reproduire une œuvre peinte contrairement à ces dessins réalisés sur un écran. Mais il faut que tu comprennes que la coopération entre les artistes est extrêmement difficile et que nous avons une vision qu’il est difficile de partager. Et nous mettons l’artiste dans une position difficile, il doit nous satisfaire, nous donner l’illustration de notre vision de l’album alors que lui-même aura une sensibilité différente.

Tu ne peux que difficilement modifier une peinture si je n’aime pas tel ou tel détail et tu es alors coincé. Et c’est le cas avec nous, nous voulons avoir le contrôle de tout et donc de la pochette également. C’est notre monde nous choisissons, et nous imposons nos choix à tous, Charlie, le label ou l’artiste de la pochette. Ils doivent s’ajuster à nous. Felipe est très bon dans sa capacité à livrer ce que nous voulons, à s’adapter à nos goûts. Il faudrait des mois pour faire une peinture réelle à nos goûts, ce n’est plus possible.

 

Et enfin "Le Quizz De Métal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview:

01. Quelle est ta chanson préférée (tous artistes, époques…) ?

Il y en a tellement mais je vais te répondre. Une de mes chansons préférée reste « Sweet Sister Mary » de QUEENSRYCHE.

 

02. Premier album acheté ?

Le Double Platinum de KISS. J’avais déjà beaucoup d’albums à la maison car ma mère en écoutant beaucoup. Donc elle avait déjà les DEEP PURPLE, les LED ZEPPLEIN et les HENDRIX. Elle n’écoutait pas KISS, ils avaient un son plus hard et donc c’était l’étape suivante pour moi.

 

03. Dernier album acheté ?

Le nouveau SANCTUARY.

 

04. L’album qui a allumé ton étincelle artistique ?

A l’âge de 12 ans j’ai découvert KISS et Ace Frehley était mon héros. Je voulais alors faire comme lui et devenir le nouvel Ace Frehley !

 

Tous nos remerciements à Valérie

 

Chronique de l'album ici

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