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Unmerciful – Ravenous Impulse

Putain, on a déjà eu tellement de bons albums de Death Metal cette année que j’ai l’impression qu’on a déjà reçu ceux de l’année prochaine. Je pourrais énumérer la liste de toutes les sorties du Metal qui ont déjà émaillé 2016, mais je vais éviter le namedropping pour me concentrer sur ce nouvel album d’Unmerciful, un nouveau prétendant sérieux au titre d’album Death de l’année (déjà trois en 4 mois, et je sens déjà que le quatrième prétendant sérieux sera dispo d’ici 10 jours).

Unmerciful, donc, nous vient des States, l’autre pays du Death, celui du Death velu qui cogne comme il faut. Au programme : 9 hymnes à la brutalité, à la mort et à la violence, avec une prod’ bien équilibrée et un sens du boquet qui cogne. Dès la première écoute, Unmerciful m’a fait penser à un poids lourd du Death ricain : Malevolent Creation. Même intensité, même hargne, une section rythmique qui abat un boulot phénoménal, un chanteur qui n’a pas besoin d’en faire des tonnes pour en imposer et une thématique très « meurtre-mort-détruire ».

Cependant, même si la comparaison est flatteuse, Unmerciful n’est pas un simple clone de la bande à Phil Fasciana. L’exemple le plus flagrant de l’ambition d’Unmerciful est son dernier morceau, « Methodic Absolution », un instrumental qui dévoile tout le potentiel du groupe : montée en puissance, mid-tempo ravageur et, surtout, un final tout en lourdeur avec une petite touche épique (qui, pour une raison inconnue, me fait penser à du Nile). Unmerciful a su reprendre les codes du Death Metal brutal, se les approprier et nous proposer un album plein, sans faiblesses.

Au rayon des jeunes loups aux dents affûtées, Unmerciful se taille une belle place avec ce deuxième album. Je suis plutôt curieux de voir ce que l’avenir réserve à ce groupe. Unmerciful, le futur Malevolent Creation d’ici 10 ans ? On ne peut que leur souhaiter…

Mister Patate (8,5/10)

Facebook officiel

Unique Leader Records / 2016
Tracklist (xx:xx) 1. Unmerciful 2. Abscission 3. Ravenous Impulse 4. Sociopathic Predation 5. Kill Reflex 6. Habitual Savagery 7. Enduring Torture 8. Kingdom of Serpents 9. Methodic Absolution

 

The Browning – Isolation

L’électro et le Metal, deux mondes reliés, ici et là, par quelques passerelles à la solidité variable. Certains groupes ont su dompter les deux genres pour nous proposer un résultat probant (le dernier exemple en date étant Desideratum des furieux d’Anaal Nathrakh), d’autres s’y sont cassé les dents et ont encorné leur réputation (l’exemple le plus tristement célèbre est, bien entendu, Morbid Angel et son Illud Divinum Insanus). À ce petit jeu-là, The Browning est un cas à part, un vilain petit canard aux bollocks bien accrochées et qui ne recule devant rien pour fusionner les deux genres. Après un Hypernova que j’avais laissé de côté pour me concentrer sur des sorties purement Metal, ils nous reviennent avec Isolation… et je ne sais pas si j’aime ou si je déteste cet album.

Une partie de moi trouve cet album putassier au possible. Je sais que j’use et abuse de cet adjectif, mais Isolation est formaté au possible. Tout est fait pour qu’il rentre parfaitement dans le moule (certes original) que le groupe s’est imposé. Rien n’est laissé au hasard, l’apport électronique prend le pas sur le Deathcore, le noie sous une avalanche de beats de dancefloor pour le rendre catchy as fuck. Il n’y a aucune impression de spontanéité. C’est lisse, c’est carré, c’est froid, ça pue l’album de studio millimétré et artificiel. Dans un genre où certains groupes sont passés maître dans l’art de véhiculer des sentiments avec leur musique, The Browning fait office de top model botoxé au visage figé dans une expression neutre.

Mais une autre partie de moi trouve cet album génial. Parce qu’il est foutrement cohérent. Là où la plupart des groupes se contente de dropper ici et là quelques éléments de musique électronique, histoire d’apporter une petite touche d’originalité, The Browning va beaucoup plus loin et marie réellement les deux genres. Mieux encore : la sauce prend. Malgré ses défauts, malgré son calibrage presque pop tant certains morceaux, Isolation contient son lot de morceaux qui font mouche chez le connard aigri que je suis.

Même si tout n’est pas parfait, loin de là (je pense surtout à « Fallout » dont le chant presque clair sur le refrain me colle des boutons comme sur n’importe quel album de Metalcore/Deathcore), The Browning tire son épingle du jeu. Il ne deviendra certes jamais mon album de chevet, je ne pense pas que je dépenserai ne fût-ce qu’un euro pour les voir sur scène (à moins qu’ils ne soient sur une affiche qui vaut le détour à mes yeux… auquel cas j’irai les voir par curiosité), mais Isolation n’est pas le naufrage que je redoutais (ou que j’espérais). Isolation tient la route. En poussant la fusion des genres jusqu’à un niveau à mes yeux encore jamais atteint, The Browning atteint un haut niveau de cohérence et d’efficacité et se démarque habilement de toute la scène Deathcore/Metalcore. The Browning serait-il en train de devenir un Finntroll 2.0, un groupe qui sort de l’ordinaire, s’affranchit de sa scène et ouvre la voie vers de nouveaux horizons ? Seul l’avenir nous le dira…

Mister Patate (6/10)

Facebook officiel

Spinefarm Records / 2016
Tracklist (xx:xx) 1. Cynica 2. Pure Evil 3. Isolation 4. Dragon 5. Fallout 6. Vortex 7. Spineless 8. Hex 9. Phantom Dancer 10. Cryosleep 11. Disconnect 12. Pathologic

 

Après l’édition de l’année passée et la controverse Nokturnal Mortum (un de ces groupes pour lesquels il est difficile de faire la part des choses entre génie musical et idéologie douteuse qui évolue sur un terrain bien glissant avec plein de marques de bottes dessus), le Ragnard Rock Festival se retrouve à nouveau au centre d’une polémique – XXL cette fois – en raison de la présence sur son affiche de plusieurs groupes aux idées tranchées. Je dis « tranchées » pour ne pas brusquer le public sensible de ce festival. Alors que bon, dans le tas, y’a quand même Naer Mataron, dont un des membres fait partie de l’Aube Dorée. Un fasciste de merde, donc

UN FASCISTE DE MERDE

Et l’orga se la joue apolitique, « nous, c’est la musique qui compte blabla », « aucune idéologie, blabla » et lave plus blanc que blanc (forcément, vu le public). Mais bon, à une époque où un seul artiste (Philou, pour ceux qui ne suivent pas) a réussi à déclencher une tempête de merde avec un White Power aviné, il était pour ainsi dire acquis que le RRF ferait des vagues avec des groupes comme Graveland à l’affiche.

On me dira : « oui, Patate, mais bon, il faut savoir faire la part des choses entre la musique et l’idéologie ». Et c’est vrai. Par exemple, j’apprécie beaucoup la musique de Nokturnal Mortum. Je ne m’en cache pas, et je suis persuadé que bon nombre de personnes qui se rendront au Ragnard Rock Festival seront là pour la musique. Et uniquement pour la musique. Enfin, non, ils seront aussi là pour picoler et montrer aux filles qu’ils ne portent rien sous leur kilt. Les beaufs.

Mais (et ça, on ne peut pas le nier non plus), le Ragnard Rock Festival risque aussi d’être un aimant à connards extrémistes, un gros caca bien brun autour duquel gravitera une nuée de mouches. Et la question qui me turlupine le plus est : l’orga aura-t-elle les couilles de ramener gentiment mais fermement ces connards vers la sortie ? La sécu veillera-t-elle à ce que ce festival soit une fête de la musique et de la fraternité métallique (oui, j’ai écrit ça, et mes doigts picotent déjà d’avoir utilisé ces deux mots d’une mièvrerie absolue, mais à en croire pas mal de monde, c’est bien ça, l’esprit des fests) ? Après avoir lu quelques témoignages de l’année passée, j’ai déjà quelques doutes. Le RRF n’en est pas à son coup d’essai. Voir des zines supporter inconditionnellement ce festival me turlupine un peu.

Comme je le disais au sujet de Phil Anselmo « ce qui me gêne le plus, c’est ce raz-de-marée de personnes qui prennent la défense de Phil, qui banalisent ces propos (même s’ils n’étaient pas pensés et, je le répète, j’accorde le bénéfice du doute), une marée humaine face à quelques-uns qui ouvrent leur gueule pour dénoncer cette banalisation du racisme, cet « humour » qui n’en est pas et une écrasante majorité de gens qui ferment leur gueule. Je suis moins dérangé par l’auteur du geste que par cette foule silencieuse qui ne lève pas le doigt et s’en fout royalement ». On assiste exactement au même phénomène, sans la moindre remise en question.

Au Ragnard Rock Festival, tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc, mais nier l’existence d’un problème en se retranchant derrière des arguments naïfs n’est pas une solution. Si l’orga était honnête avec elle-même, elle reconnaîtrait que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur de ses mondes.