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Après l’édition de l’année passée et la controverse Nokturnal Mortum (un de ces groupes pour lesquels il est difficile de faire la part des choses entre génie musical et idéologie douteuse qui évolue sur un terrain bien glissant avec plein de marques de bottes dessus), le Ragnard Rock Festival se retrouve à nouveau au centre d’une polémique – XXL cette fois – en raison de la présence sur son affiche de plusieurs groupes aux idées tranchées. Je dis « tranchées » pour ne pas brusquer le public sensible de ce festival. Alors que bon, dans le tas, y’a quand même Naer Mataron, dont un des membres fait partie de l’Aube Dorée. Un fasciste de merde, donc

UN FASCISTE DE MERDE

Et l’orga se la joue apolitique, « nous, c’est la musique qui compte blabla », « aucune idéologie, blabla » et lave plus blanc que blanc (forcément, vu le public). Mais bon, à une époque où un seul artiste (Philou, pour ceux qui ne suivent pas) a réussi à déclencher une tempête de merde avec un White Power aviné, il était pour ainsi dire acquis que le RRF ferait des vagues avec des groupes comme Graveland à l’affiche.

On me dira : « oui, Patate, mais bon, il faut savoir faire la part des choses entre la musique et l’idéologie ». Et c’est vrai. Par exemple, j’apprécie beaucoup la musique de Nokturnal Mortum. Je ne m’en cache pas, et je suis persuadé que bon nombre de personnes qui se rendront au Ragnard Rock Festival seront là pour la musique. Et uniquement pour la musique. Enfin, non, ils seront aussi là pour picoler et montrer aux filles qu’ils ne portent rien sous leur kilt. Les beaufs.

Mais (et ça, on ne peut pas le nier non plus), le Ragnard Rock Festival risque aussi d’être un aimant à connards extrémistes, un gros caca bien brun autour duquel gravitera une nuée de mouches. Et la question qui me turlupine le plus est : l’orga aura-t-elle les couilles de ramener gentiment mais fermement ces connards vers la sortie ? La sécu veillera-t-elle à ce que ce festival soit une fête de la musique et de la fraternité métallique (oui, j’ai écrit ça, et mes doigts picotent déjà d’avoir utilisé ces deux mots d’une mièvrerie absolue, mais à en croire pas mal de monde, c’est bien ça, l’esprit des fests) ? Après avoir lu quelques témoignages de l’année passée, j’ai déjà quelques doutes. Le RRF n’en est pas à son coup d’essai. Voir des zines supporter inconditionnellement ce festival me turlupine un peu.

Comme je le disais au sujet de Phil Anselmo « ce qui me gêne le plus, c’est ce raz-de-marée de personnes qui prennent la défense de Phil, qui banalisent ces propos (même s’ils n’étaient pas pensés et, je le répète, j’accorde le bénéfice du doute), une marée humaine face à quelques-uns qui ouvrent leur gueule pour dénoncer cette banalisation du racisme, cet « humour » qui n’en est pas et une écrasante majorité de gens qui ferment leur gueule. Je suis moins dérangé par l’auteur du geste que par cette foule silencieuse qui ne lève pas le doigt et s’en fout royalement ». On assiste exactement au même phénomène, sans la moindre remise en question.

Au Ragnard Rock Festival, tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc, mais nier l’existence d’un problème en se retranchant derrière des arguments naïfs n’est pas une solution. Si l’orga était honnête avec elle-même, elle reconnaîtrait que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur de ses mondes.

 

 

Gloria Morti – Kuebiko

Gloria Morti, c'est un peu l'histoire d'un groupe qui a tout compris mais qui, pour une raison ou une autre, n'a jamais eu le succès qu'il mérite. 17 ans de carrière, 5 albums de qualité supérieure sortis sur 4 labels (le petit nouveau est sorti il y a quelques mois chez Willowtip Records et je viens à peine d'en apprendre l'existence), et pourtant… pourtant, presque personne n'en parle comme de la "next big thing". Au lieu de cela, on nous vantait Nexus Inferis, par exemple. Et vous en entendez encore beaucoup parler, de ce groupe qui avait tourné en première partie de Behemoth en 2012 ? Encore une preuve que pas mal de monde mise sur le mauvais cheval.

Gloria Morti, donc, avait séduit la rédac dès 2008 avec Eryx, son deuxième effort, un parfait mélange de Black et de Death, tantôt brutal, tantôt mélodique et avec un sacré souffle épique. Les années se sont succédé, les albums aussi et je découvre maintenant avec surprise et plaisir Kuebiko, la nouvelle offrande des Finlandais… La recette n'a pas changé, la force de frappe est intacte et je prends toujours autant mon pied à l'écoute de ce groupe. Gloria Morti a su trouver l'équilibre parfait entre brutalité et mélodie et navigue, tel un funambule, sur le fil du rasoir entre la brutalité exacerbée et la mélodie trop envahissante. Les lignes de lead guitar se greffent parfaitement à une section rythmique démentielle, Psycho (le frontman) livre à nouveau une prestation 24 carats avec son timbre caractéristique et ces 49 minutes passent en un clin d'oeil. 

J'avoue que les deux premières écoutes m'avaient un peu déçu. Je trouvais Kuebiko moins percutant que ses prédécesseurs (surtout Eryx et son opener "Deathstream" ravageur). Mais au final, après plusieurs écoutes au casque, Kuebiko s'avère aussi solide qu'un Lateral Constraint. À la fois viscéral et clinique, Gloria Morti est une valeur sûre bien trop méconnue du Metal extrême… Espérons qu'ils se feront embarquer un jour sur une grosse tournée pour que tout le monde en prenne plein la gueule !

Mister Patate (8,5/10)

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Willowtip Records / 2016
Tracklist (49:39) 1. Syntymä 2. The Foul Stench of Vomiting Blood 3. Josef Fritzl 4. Chimeral Form 5. Death by a Thousand Cuts (Lingchi) 6. Case No. 1102162 7. Gallows Built in Rows 8. Executioner 9. The Termination of All Bonds

 

DevilDriver – Trust No One

Rien de neuf sous le soleil pour la bande à Dez Fafara. Après un interlude Coal Chamber pas vraiment utile à mes yeux, notre ami Dez se rappelle à notre bon souvenir avec une nouvelle galette de DevilDriver. Au programme : la même sauce que sur les albums précédents, une usine à baffes avec quelques morceaux catchy as fuck, des rythmiques qui déboîtent et une petite touche de mélodie pour parachever le tout.

Et je ne vois pas quoi ajouter. En 73 mots, Trust No One a dévoilé tous ses atouts… et toutes ses faiblesses. Quelle est la valeur ajoutée de cet album dans la discographie déjà fournie du groupe ? Elle est pour ainsi dire nulle. Je n’ai rien à reprocher à Trust No One. Cet album est bon dans l’ensemble, sans prise de risque, un vrai sentier en graviers bien plat, bien entretenu et bien balisé que l’on suit avec plaisir… mais sans ressentir le moindre risque. 

Pis encore, j’ai l’impression que le groupe a perdu la recette sacrée pour pondre de vrais singles, du genre à péter des ratiches et à démonter de la cervicale. Je n’ai pas suivi l’actu du groupe sur Facebook, je ne sais donc pas quel morceau a été mis en avant en tant que single… et je ne serais pas foutu de le deviner à l’écoute de l’album. Aucun morceau ne ressort vraiment du lot. Aucun n’a le potentiel de faire lever les poings tout en se secouant la tignasse ou en courant en rond dans le pit. Et c’est bien ça qui me gêne sur cet album. Les prédécesseurs de Trust No One avaient toujours au moins un hymne qui ressortait du lot, voire plusieurs…

Alors, DevilDriver, groupe en perte de vitesse ? Si l’on fait abstraction de l’absence d’un véritable hymne, il faut reconnaître que la bande à Dez tient encore la route, mais sans la petite étincelle des débuts. Trust No One manque de hargne. Plutôt qu’un loup déguisé en agneau, DevilDriver fait plutôt office de bélier qui se serait collé une paire de faux crocs pour encore faire illusion. Les coups de butoir font certes encore mal, mais ça manque cruellement de mordant…

Mister Patate (5/10)

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Napalm Records / 2016
Tracklist (41:19) 1. Testimony of Truth 2.Bad Deeds 3. My Night Sky 4. This Deception 5. Above It All 6. Daybreak 7. Trust No One 8. Feeling Ungodly 9. Retribution 10. For What It's Worth