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Se pencher sur le cas de Nocternity sans avoir la moindre connaissance préalable du groupe est un exercice risqué, tant il semble que, pour certains, ce groupe jouit d’une réputation en béton. Avouons-le : les Grecs sont toujours parvenus, jusqu’à présent, à rester éloignés de mon radar (il faut dire que leur dernier effort remonte à un bon paquet d’années et que j’ai eu tendance, peut-être un peu trop longtemps, à privilégier les contrées du Nord quand il s’agissait d’écouter du Black Metal), et sans l’envoi d’une copie promo, je ne pense pas que j’aurais pris le temps de m’intéresser à cet album.

Et je ne sais toujours pas vous dire si j’aurais raté quelque chose ou pas.

Parce que Nocternity souffle le chaud et le froid. D’un côté, les Grecs sont passés maîtres dans l’art de tisser une ambiance, une atmosphère hypnotique, avec des riffs répétés encore et encore, comme autant de vagues venant s’écraser sur les rochers des côtes de Crète (oui, j’ai besoin de vacances), avec des patterns sur lesquels viennent se greffer quelques variations et une propension marquée à rester dans le mid-tempo. Harps Of The Ancient Temples invite presque à la contemplation…

… mais cette apparente simplicité, cette répétition peut aussi, chez certains, susciter aussi une certaine lassitude. Oui, c’est bien exécuté, oui, les idées sont bonnes et les sonorités hypnotiques, mais je pourrais aussi comprendre que certains se lassent vite. Personnellement, il m’est arrivé d’avoir des écoutes entières sans le moindre ennui et d’autres où l’envie de passer à quelque chose de plus varié pointait le bout de son nez après une dizaine de minutes.

Nocternity me convainc en moyenne une écoute sur deux. Quand je parviens à rentrer dans l’album, il fait mouche… mais achèteriez-vous un album qui vous laisse de marbre une fois sur deux ? Je ne peux pas expliquer ce qui rend cet album à la fois magique et chiant. Amateurs de Black hypnotique, cet album est fait pour vous. Quant à moi, je lui redonnerai sa chance, encore et encore, jusqu’à ce que j’arrive à mettre le doigt sur le nœud du problème… et qui sait, peut-être ne le trouverai-je jamais…

Mister Porn (6/10)

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Iron Bonehead Productions / Necroshrine Records / 2015
Tracklist (47:30) 1. The Black Gates 2. Harps of the Ancient Temples 3. Titans 4. River of Woe 5. B.O.D.D. 6. Blood Rite Tree 7. Opaline Eye of Death 8. Andromeda

 

Execration – Morbid Dimensions

Execration fait un peu figure d’énigme à mes yeux, tout simplement parce que Morbid Dimensions sonne comme un album d’il y a vingt ans. Voire même plus ancien. Que ce soit au niveau des compositions, du son, voire même de l’artwork un peu cheap, Execration dégage une impression de vieux, et la difficulté aujourd’hui sera de déterminer si c’est un compliment ou, au contraire, une critique.

Au niveau des compos, donc, Execration est à l’opposé de tous ces groupes de Death moderne pour qui la musique est devenue une course à la vitesse ou un concours de brutalité. Execration joue davantage la carte de l’ambiance et délivre un Death posé, majoritairement lent et porté par la guitare. Le riff ne tronçonne pas les tympans : au contraire, dans de nombreux passages, il s’avère presque mélodique, mais pas dans le sens « suédois, regardez comme je suis doué » du terme. On se rapproche plutôt du Black, un Black ambiancé, loin du radicalisme de certaines formations « tout au taquet ».

Et le son ? Le son est presque « fragile ». La prod’ de Morbid Dimensions ne donne pas l’impression d’un mur indestructible. Au contraire, la batterie sonne étonnamment naturelle, la guitare ne prend pas le dessus, la basse est en retrait (comme sur bon nombre d’albums, me direz-vous) et le chant s’intègre parfaitement au reste. Bien équilibré, donc, mais un poil faiblard. J’ai même l’impression que certaines formations étaient capables de sortir un son bien plus bourrin il y a plus de vingt ans.

Personnellement, je trouve pourtant que cet album a une saveur particulière. À une époque où le petit jeu de « qui aura la plus grosse prod’ » débouche parfois sur des galettes défigurées (je pense particulièrement à Fallujah et son dernier album presque inécoutable), Execration mise davantage sur le songwriting et livre un album bien équilibré et, paradoxalement, plus intéressant que bon nombre d’autres sorties parce qu’il a su sortir de cette course en avant, faire ce qu’il voulait et nous proposer quelque chose de différent, de plus posé, de plus recherché. Une bonne surprise.

Mister Porn (7/10)

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Duplicate Records / 2014
Tracklist (60:29) 1. Cosmic Mausoleum 2. Ritual Hypnosis 3. Doppelgangers 4. Morbid Dimensions 5. Tribulation Shackles 6. Vestiges 7. Ancient Tongue 8. Miasmal Sabbath 9. Funeral Procession

 

Moonspell – Extinct

Moonspell est un de ces groupes que je n’écoute jamais spontanément. Mettez moi une quinzaine d’albums devant le nez et glissez parmi eux un Moonspell et les chances que je me penche sur le cas des Lusitaniens sont infimes. Il aura donc fallu que l’ensemble de la rédac ignore somptueusement Extinct et qu’un ami me parle de la sortie imminente du même Extinct pour que je me décide enfin à m’intéresser à Moonspell de manière volontaire. Tout ça pour dire que vous pourrez me reprocher mon ignorance crasse tout au long de la chronique si je dis une connerie à vos yeux, car je pars d’une page blanche, sans véritable connaissance du sujet ni véritable a priori (enfin si, quand même un peu).

Et je suis agréablement séduit par ce que j’entends.

Parce que je m’attendais à un album un peu gnangnan sur les bords, sombre, pleurnichard. Vous savez, cette ambiance de Fado transposée sur une trame de Metal. Et en fait, pas du tout. Bon, Extinct n’est pas un uppercut dans la face, ni un genou dans les burnes.  Dans l’ensemble, même quand le frontman hausse le ton, Extinct reste bien plus sage que ce que j’ai l’habitude d’écouter. Et pourtant, Extinct frappe juste. Tout est là pour obtenir un album réussi : un single hyper efficace (le titre éponyme), une dose d’énergie et de hargne (« Malignia » en est le meilleur exemple), un poil de mélodie (l’intro de « Domina », pour ne citer qu’elle), juste ce qu’il faut de refrains mémorables portés par une voix chaude (putain mais ce refrain d’« Extinct », quoi !), la touche symphonique (encore « Extinct », par exemple) ou orientale sur « Medusalem » qui vient magnifier le tout. J’ai entendu dire que Moonspell s’est franchement assagi avec le temps et qu’il flirte avec le goth et le rock. Perso, je ressens les mêmes sensations avec Moonspell qu’avec Tiamat, mais en un peu moins sombre. Et ça ne me donne pas franchement envie de découvrir les premiers efforts des Portugais, parce que ce Moonspell-là me plaît. Je sens d’ailleurs que je remonterai petit à petit leur discographie à l’envers, histoire de rattraper mon retard. Ma seule remarque négative serait l’artwork : on dirait une pochette de Septic Flesh du pauvre. Ça tombe bien, elle vient de la même plume.

De l’ambiance, de l’énergie, de la mélodie, de la mélancolie : Extinct est une montagne russe de sensations, mais une montagne russe qui ne redescendrait jamais, qui emmène toujours plus haut. Je suis à des lieues de ma « zone de confort » en Metal, mais je m’y sens bien. Ça doit être ça, la marque d’un grand album : pouvoir sortir quelqu’un de sa zone de confort sans que cela ne le trouble.

Mister Porn (8,5/10)

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Napalm Records / 2015
Tracklist (45:38) 1. Breathe (Until We Are No More) 2. Extinct 3. Medusalem 4. Domina 5. The Last of Us 6. Malignia 7. Funeral Bloom 8. A Dying Breed 9. The Future Is Dark 10. La Baphomette