C’est peut-être le hasard du calendrier des sorties, mais il semble que la scène rock / metal berlinoise soit particulièrement riche et active ses derniers temps. En tous cas, le label autrichien semble puiser largement dans ce vivier de créativité débridé. Après SUNS OF THYME, voici EARTH SHIP. La comparaison entre les deux groupes ne sera que géographique tant les démarches musicales semblent opposées. Autant les premiers naviguaient sur des eaux calmes et atmosphériques autant les second se plaisent à concocter un métal sentant le souffre, lourd et poisseux.
En effet, EARTH SHIP serait à ranger aux côtés des CROWBAR et KYLESA dans cette volonté de mettre en avant des riffs épais à même de décoller le papier peint. Dès les premières secondes de « Reduced to Ashes », la messe est dite, les guitares prennent la direction des opérations et ne lâcheront plus jamais la barre. L’atmosphère ne se veut pas particulièrement joyeuse, il suffit de lire les titres des chansons pour s’en convaincre. Cette colère noire, dépressive et morbide envahit rapidement tout l’espace et ne libérera l’auditeur qu’après quarante-neuf minutes de pénitence. EARTH SHIP érige progressivement, sous nos yeux, un monolithe impénétrable à coup de riffs saturés, tendance doom. Les teutons s’y connaissent pour distiller un sludge rock à même de faire saliver les amateurs. A l’exception du dernier titre dépassant les sept minutes, la majorité des chansons oscillent autour des quatre minutes. Et pourtant, difficile de sortir une ou deux compositions en particulier tant Hollowed parait fait d’un bloc compact. C’est à la fois une qualité et un défaut, cette homogénéité pourrait finir par lasser sur la longueur. Les allemands ont fait preuve d’application même si tout un chacun pourra regretter qu’ils n’aient pas su clairement apporter une petite touche d’originalité.
Il veut mieux être dans une bonne disposition d’esprit avant d’attaquer l’écoute de ce quatrième album des berlinois d’EARTH SHIP. Le boulot a été bien fait sur le fond et la forme et valide la promotion récente du quatuor de Pelagic vers Napalm Records. A même de toucher un plus large public, parions que le succès sera au rendez-vous.
Oshyrya (6,5/10)
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Napalm Records / 2016
Tracklist (48:14 mn) 01. Reduced To Ashes 02. Hollowed 03. Valley Of Thorns 04. Conjured 05. Monolith 06. In Fire's Light 07. In The Arms Of Medusa 08. Castle Of Sorrow 09. Safeguard Of Death 10. Red Leaves 11. The Edge Of Time
CONDITION RED avait annoncé son retour à travers la publication d’un single, Tomorrow Never Knows (chronique ici), l’année dernière. Mais le plus important restait l’album à venir et que nous avons désormais entre les mains, Illusion of Truth. Treize années de patience ont pu mettre à rude épreuve les nerfs des fans et l’attente est grande. On retrouve les trois mêmes acteurs que pour le premier opus, Alexander King aux claviers, Eddie Sledgehammer à la batterie et bien sûr Lars Eric Mattsson à la guitare, la basse et le chant. Eh oui ce dernier a aussi pris le micro, exit Ella Grussner ou Torgny Stjärnfelt.
Dans son ensemble, la musique proposée par CONDITION RED sonne assez old-school mais elle possède une fraîcheur et une énergie plus que recommandable. Nous sommes de faire face ici à une grosse production mais la créativité de Mattsson & co n’est pas à démontrer. Pas de longueurs excessives, pas de démonstration stérile, seule une chanson, « It's Not a Crime » adopte les canons du rock progressif avec ses dix minutes au compteur. Les claviers sont très présents et apportent une belle touche mélodique. Les guitares ne sont bien sûr pas en reste avec Mattsson aux commandes et celui-ci affiche encore une fois un joli mélange entre technique et simplicité. Il n’oublie pas de faire « groover » la basse à souhait quand cela s’avère nécessaire. Pas de quoi rougir non plus une fois derrière le micro, sa voix reste simple mais il fait le job. Dommage que certains effets soient presque systématiquement appliqués sur ses lignes de chant. Illusion of Truth reste très gentillet, on parle bien ici de rock et encore un rock plutôt calme même si des montées d’adrénaline apparaissent ici et là. La patte Mattsson s’avère être omniprésente et les amateurs seront comblés.
Après une si longue absence, CONDITION RED se rappelle à notre bon souvenir avec talent. Une fois la barrière de la pochette (expédiée en cinq minutes sur Paint surement vu le côté amateur de la chose) passée, vous obtiendrez presque une heure de bon rock progressif. Dans le genre, ce n’est pas l’album su siècle, nous sommes loin des plus grosses machines européennes. Le trio se pose plus comme un artisan talentueux et appliqué.
Oshyrya (07/10)
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Lion Music / 2016
Tracklist (58:49 mn) 01. Changing 02. Never Be the Same 03. Let it All Come Out 04. Labyrinth 05. It's Not a Crime 06. All On Our Own 07. Shake Off 08. Everywhere I Look 09. Can't Sell Your Lie 10. Final Beginning
LONG DISTANCE CALLING reste un groupe assez étonnant à la première écoute, nous sommes assez loin des canons du rock progressif même si tous les éléments sont bien présents. Le quartet allemand ne cessera de surprendre ceux qui les découvrent, comme votre serviteur, grâce à cet album. Notre camarade Nico nous avait mis la puce à l’oreille en 2013 en multipliant les louanges sur leur disque précédent, The Flood Inside (chronique ici), publié en 2013. Cette éclectisme et cette fraîcheur fait plaisir à attendre et reste l’un des points forts du groupe en 2016 avec ce cinquième opus, TRIPS.
Le disque s’ouvre sur un « The Gateway » un peu old school qui évoque un THE ALAN PARSONS PROJECT des meilleures années. Et puis le groupe prend alors une autre orientation à partir de « Reconnect » puis « Rewind » des titres plus classiques avec le chant omniprésent de Petter Carlsen, chanteur norvégien invité pour tenir le micro. Exit Martin Fischer (ex-FEAR MY THOUGHTS) qui officiait en 2013. Nous sommes ici plus proches d’un groupe de rock/métal progressif moderne à la KARNIVOOL ou JOLLY. « Trauma » enfonce le clou avec quatre minutes d’un métal progressif instrumental racé et accrocheur. Les allemands alternent alors titres rapides et chansons plus douces et posées. Ces respirations sont plutôt bienvenues et démontrent tout le savoir-faire des teutons. Ils parviennent à mêler avec grâce puissance et énergie, subtilité et douceur. Ce disque nous invite effectivement à faire un voyage, les paysages se font et se défont, les sentiments émergent et disparaissent. TRIPS se termine avec une longue composition instrumentale de plus de douze minutes, « Flux ». LONG DISTANCE CALLING nous invite alors à une promenade intérieure, une introspection sur notre passé et notre avenir espéré, entre touches vintages et psychédéliques. Réussir à tenir l’auditeur sur un si long instrumental était un sacré pari relevé haut la main par le groupe.
Qu’il est difficile de synthétiser TRIPS tant cet album s’avère riche et touffu. Que vous soyez fan de rock progressif des années 80 ou de la vague plus contemporaine, vous trouverez bien du plaisir à l’écoute de ce disque réussi de la première à la dernière note. LONG DISTANCE CALLING ouvre un champ des possibles et laisse l’auditeur s’y engouffrer. Ce voyage sera passionnant.
Oshyrya (8,5/10)
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InsideOut Music / 2016
Tracklist (48:53 mn) 01. Getaway 02. Reconnect 03. Rewind 04. Trauma 05. Lines 06. Presence 07. Momentum 08. Plans 09. Flux