Le nombre de groupe qui possède le terme “Hammer” dans leurs patronymes ne cessent ne me surprendre. Pourquoi cet outil en particulier plait-il tant ? ( à moins qu’une acception qui m’est inconnue explique cela). D’autres outils comme les tournevis ont moins de succès. Loin des HAMMERFALL, HAMMER FIGHT ou HAMMERHEART (oui une chanson de BATHORY et un label), les américains de BLOODY HAMMERS sont de retour avec Lovely Sort of Death. Deux années se sont écoulées depuis Under Satan’s Sun (chronique ici) qui ne nous avait pas spécialement emballé.
Faire de la darkwave n’est pas aussi simple que cela. Tout passe par l’atmosphère et on peut vite tomber dans le ridicule, le kitsch. BLOODY HAMMERS se plait à jouer un peu maladroitement avec les images et les symboles. Il suffit de voit la pochette de ce disque et cette tête de bouc un peu maladroitement ajoutée sur le visage d’une femme nue pour se rendre compte que la ligne rouge n’est jamais très loin. Mais contre vents et marées, Anders Manga et sa compagne font leur tambouille dans leur coin, insensibles au monde extérieur. Et autant Under Satan’s Sun avait raté très largement sa cible, autant Lovely Sort of Death débute sous les meilleurs auspices avec un « Bloodletting on the Kiss » étonnamment réussi. Comme quoi, tout peut toujours arriver. Ne crions pas tout de suite au génie mais il est vrai que pour une fois Manga a réussi son coup pour tisser une atmosphère intéressante, un voile sombre et délicat magnifier par une utilisation intelligente de nappes électro. Entre sa voix monotone, les deux notes de piano et ces claviers la mayonnaise prend. L’espoir est permis pour les amateurs de beautés gothiques.
A l’exception de quelques riffs de guitares un peu plus appuyés que les autres, le propos de BLOODY HAMMERS reste très rock, très et accessible. Cela s’apparente à un PARADISE LOST, période One Second et Host ou d’un TYPE OF NEGATIVE des derniers disques. Il est amusant de constater le décalage entre l’image véhiculée par le groupe et la réalité de sa musique. Nous sommes loin du culte sataniste et plus proche d’un Halloween pour grand public. L’objectif est évidemment de proposer des titres accrocheurs et contrairement à Under Satan’s Sun, BLOODY HAMMERS réussit ici son pari. Tout n’est pas génial mais la qualité moyenne s’est sensiblement élevée. Grandiloquent et un peu suranné, Lovely Sort Of Death contient pourtant son lot de bons moments gothiques / darkwave. Qui l’eut cru alors que votre serviteur commençait déjà à affûter ses lames à l’entame de cette chronique ?
Oshyrya (07/10)
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Napalm Records / 2016
Tracklist (48:20 mn) 01. Bloodletting On The Kiss 02. Lights Come Alive 03. The Reaper Comes 04. Messalina 05. Infinite Gaze To The Sun 06. Stoke The Fire 07. Ether 08. Shadow Out Of Time 09. Astral Traveler 10. Catastrophe
Les Suédois de THE ORDER OF ISRAFEL avait connu des débuts honorables en 2014 en publiant un premier album intitulé Wisdom (chronique ici). Tout était propre, appliqué et sérieux mais sur le papier la barre était placée très haute puisque Napalm n’hésitait alors pas à évoquer les parrains du genre Doom métal, CATHEDRAL ou encore PENTAGRAM, pour mettre en lumière ses nouveaux poulains. Cela ne leur a pas forcément rendu service tant la comparaison ne s’avérait pas des plus flatteuse. Le bullshit promo c’est bien mais cela fini par desservir les premiers concernés. Deux ans plus tard, ayant entre temps tourné en Europe et accumulé de l’expérience, les Suédois reviennent nous voir avec un nouvel album sous le bras, Red Robes.
La recette de base n’a pas fondamentalement changé, l’orientation doom old-school reste prégnante. Après une courte intro, le premier riff de « Staff in the Sand » déchire les enceintes et impose brutalement l’impact et la lourdeur si typique du Doom. Lent et poisseux à souhait, section rythmique et guitares posent des fondations monolithiques sur lesquelles peut s’ébattre Tom Sutton. Ce dernier a accepté la lourde tâche, par son chant, de donner du sens et une identité aux compositions du groupe. Tout en conservant les caractéristiques de leur genre de prédilection, THE ORDER OF ISRAFEL a souhaité y intégrer des touches plus rock. Les soli de guitares s’écartent des canons du Doom pour montrer une vivacité, une technique et une dimension mélodique que ne renieraient pas les géniteurs de ce mouvement (BLACK SABBATH en tête). Les Suédois ont sagement suivi le sillon tracé mais libéré de l’ombre des plus grands, le quartet se lâche et parvient même à accélérer ici et là comme sur « In Thrall to the Sorceress ». Ce vent de fraîcheur salvateur est plus qu’agréable. Le constat s’applique aux petites intro folks qui ouvrent par exemple « Swords in the Sky ».
Avec Red Robes, THE ORDER OF ISRAFEL confirme à la fois son orientation musicale inaugurée sur Wisdom mais les Suédois semblent afin réussir à s’approprier ce style et montre un peu de caractère et d’originalité. Ecrasé sous le poids de ses influences, le quartet n’avait pas paru sous son meilleur jour en 2014. Après avoir longuement tâtonner, ils semblent avoir enfin trouver une identité propre. Il était temps car le public peut vite perdre patience.
Oshyrya (07/10)
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Napalm Records / 2016
Tracklist (43:21 mn) 01. Staff In The Sand 02. The Red Robes 03. In Thrall To The Sorceress 04. Swords To The Sky 05. Von Sturmer 06. Fallen Children 07. A Shadow In The Hills 08. The Thirst
Après avoir publié Live At The Opera (chronique ici) sur le label Napalm Records, les norvégiens de SATYRICON poursuivent sur la lancée et continuent de collaborer avec les autrichiens pour la réédition de leur troisième album, Nemesis Divina, ayant vu le jour à l’origine en 1996 sur Moonfog, label co-fondé par Satyr. L’occasion était trop belle de fêter le vingtième anniversaire de cet opus et ainsi un peu combler le vide jusqu’à la sortie de leur prochain disque annoncé pour 2017.
C’est Satyr lui-même qui s’est chargé de ce travail de remasterisation. C’est d’ailleurs la seule véritable nouveauté, en dehors d’un package plus fourni. Pas de chute de studio, pas de titre supplémentaire, pas de titre live, rien, nada, walou. Cela réduit considérablement l’intérêt de cette réédition même si le dépoussiérage du son vers des canons modernes n’est jamais inutile. Oui ce Nemesis Divina a eu un impact fort sur le scène black métal de l’époque et a permis à SATYRICON de passer un palier mais vingt ans plus tard l’effet retombe comme un soufflé. Au moins, les norvégiens sortaient alors du carcan stérile du genre en soignant enfin la forme. Finies les pochettes pourries présentant une photo ridicule et une police de caractère la plus illisible possible, Satyr et Frost avaient des choses à exprimer et cela passait aussi par un visuel riche et soigné. Plus sombre et agressif que ses deux albums précédents, Nemesis Divina montrait un groupe ambitieux, n’hésitant à complexifier sa musique et à monter la barre au niveau technique. ”Mother North”and “The Dawn Of A New Age” possèdent déjà cette patte si familière, cette dimension mélodique et cette emphase qui, une fois investies de cette violence typiquement black métal, donnait tout son charme à la musique de SATYRICON. Nemesis Divina bien plus que Dark Medieval Times ou The Shadowthrone, annonce clairement la suite des événements et l’orientation méticuleusement suivie les années suivantes par Satyr et Frost.
Autant cet album reste un disque de référence au sein de la scène black métal norvégienne, le début de la fin sans doute pour les « trve », autant une réédition aussi chiche vingt ans plus tard pose clairement la question de sa justification. Si vous avez l’original, passez votre chemin, sinon l’achat peut se justifier pour parfaire sa culture musicale extrême.
Oshyrya (05/10)
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Napalm Records / 2016
Tracklist (43:03 mn) 01. The Dark of a New Age 02. Forhekset 03. Mother North 04. Du som hater Gud 05. Immortality Passion 06. Nemesis Divina 07. Transcendental Requiem of Slaves