Si vous avez la curiosité de regarder les chroniques précédentes des albums publiées par les britanniques d’ANATHEMA, vous noterez que le groupe a su toucher le cœur sensible des membres de cette rédaction. Weather Systems, Universal, We’re Here Because We’re Here, tous ces disques nous ont fait vibrer. C’est donc avec une certaine excitation que nous voyons arriver le nouvel opus, le dixième album studio quand même, sobrement intitulé Distant Satellites. Parlons de la forme avant d’aborder le fond. La pochette parait simple, simpliste même mais elle reste absolument magnifique, à l’image des visuels à la fois pointus et esthétiques des précédentes réalisations. Jamais clichées et toujours très ne phase avec le contenu artistique, les images choisies créent le plaisir des yeux avant celui du cœur et des oreilles. Saluons le travail de Sang Jun Yoo pour l’exposition Distant Light qu’il a donné outre-Atlantique et dont les visuels de l’album sont extraits.
Et encore une fois, la pochette est l’exact visuel de la musique proposée, le miroir des émotions et de l’état d’esprit des membres d’ANATHEMA au moment de composer et enregistrer ce nouveau disque. J’ai mis des semaines à écrire cette chronique car la musique des britanniques apparait être de plus ne plus difficile d’accès, tellement belle, apparemment tellement profonde qu’il faut du temps pour digérer et apprivoiser ces mélodies. Elles sont pourtant toutes simples, les anglais ont voulu simplifier leur propos, retirer les couches superflues pour ne garder de l’essence, l’émotion première qui a enfanté une chanson. Et le résultat est doux, sensuellement mélancolique parfois mais pas simple à analyser. Ces nouvelles compositions s’adresse au cœur avec de s’adresser à l’esprit. Il faudra fournir bien des efforts et effectuer bien des écoutes pour percer le mystère et l’âme de chacune de ces nouvelles chansons. L’orientation très subtile et atmosphérique inaugurée avec Judgement se voit encore renforcée, dans la pleine continuité de Weather Systems et We’re Here Because We’re Here. Le sillon est désormais tracé et ANATHEMA reste fidèle à ce choix.
Le trio de compositeurs formé des frères Cavanagh et John Douglas a encore une fois su faire des merveilles et donner naissance de de petites pépites tout en douceur et en subtilité. L’émotion est constamment à fleur de peau pour notre plus grand bonheur. Des chansons comme « Ariel » font des merveilles avec une Lee Douglas et un Vincent Cavanagh majestueux dans leurs interventions derrière le micro. Le tryptique « The Lost Song » a de quoi donné des frissons et « Distant Satellites » possède un potentiel monstrueux pour plaire à un très large public. Cette chanson pourrait faire des malheurs si elle émanait d’un COLDPLAY par exemple. Mais malheureusement ANATHEMA continue d’être catégorisé métal, ou rock progressif au mieux, ce qui l’empêche bien souvent d’accéder aux médias grands publics lui permettant de toucher le plus grand nombre. Le son est limpide, Christer-André Cederberg à la production et Steven Wilson au mixage ont su encore magnifier et amener ces chansons à un niveau supérieur.
Une respiration instrumentale comme « Firelight » avec ce son d’orgue d’une simplicité et d’une profondeur biblique dit tout de la maturité et du niveau de maîtrise artistique atteint par les britanniques. On ne peut que saluer la profondeur et la beauté de ce Distant Satellites et baisser la tête en respect face à cette grande œuvre.
Oshyrya (09/10)
Site Officiel
FaceBook Officiel
Kscope / 2014
Tracklist (56:46 mn) 01. The Lost Song Part 1 02. The Lost Song Part 2 03. Dusk (Dark is Descending) 04. Ariel 05. The Lost Song Part 3 06. Anathema 07. You’re Not Alone 08. Firelight [instrumental] 09.Distant Satellites 10. Take Shelter
Nos voisins d’outre-Rhin semblent particulièrement friands de musique médiévale et une scène assez spécifique a su se développer au cours des dernières années. Des groupes comme IN EXTREMO et plus récemment SALTATIO MORTIS ont su faire parler d’eux chez nous. Dans un style très très proche des premiers, n’oublions pas TANZWUT. Il s’agit d’un groupe de musique allemand fondé en 1996 à Berlin. Il a longtemps été l'alter ego du groupe de musique de type médiévale CORVUS CORAX, avec une orientation plus électronique. Les allemands sont connus pour se produire dans le monde entier et pour soigner particulièrement ses performances live avec des scènes et des costumes somptueux ainsi que des chorégraphies qui plongent le spectateur dans le monde médiéval. Ils ont déjà cinq albums à leur actif.
Bien entendu, le chant en allemand est de rigueur et le son des cornemuses est omniprésent sur quasiment chaque chanson. Cela donne bien sûr un charme fou à la musique de TANZWUT même si le propos finit par manquer de variété sur la longueur. Les titres proposés sont assez courts, autour des trois minutes et ne contiennent pas toujours de chant. Les instrumentaux sont nombreux comme « Rhoslese » ou « Asinum Chorum », souvent réussis et très entraînants. Mike Paulenz (aka Teufel) reste le dernier survivant du groupe d’origine et tient fermement la barre du navire en solide capitaine. Son chant grave n’est pas sans rappeler (encore et encore) Das letzte Einhorn d’IN EXTREMO. Les points communs sont légions entre les deux groupes s’avère impressionnant, les grosses guitares en moins pour TANZWUT qui reste sur une voie plus traditionnelle. Maintenant ils sont nés tous les deux presque en même temps et adoptent une démarche similaire. Malgré une certaine lassitude sur la longueur, difficile de résister à « Unsere Nacht » par exemple avec son refrain accrocheur et sa mélodie envoutante.
Avec Eselsmesse TANZWUT rebat les cartes et entretient encore plus la confusion avec CORVUS CORAX. En effet les touches électroniques sont ici très très discrètes et l’album est profondément ancré dans l’époque médiévale, sans touche de modernité. Il semble que désormais seul maître du navire, Mike Paulenz privilégie cette approche traditionnelle et marche allégrement sur les plates-bandes de ses anciens camarades de jeu. Le talent est évidemment là et les amateurs de musique typée médiévale seront servis. Dommage que le manque de variété finisse par épuiser les plus courageux sur la longueur car ce disque recèle de belles pépites.
Oshyrya (6,5/10)
Site Officiel
FaceBook Officiel
AFM Records / 2014
Tracklist (45:54 mn) 01. Intro 02. Asinum Chorum 03. Der Eselskönig 04. Saturnalia 05. Lux Hodie 06. Rhoslese 07. Unsere Nacht 08. Siria 09. Gregis Pastor Tityrus 10. Par Deus 11. Orientis Partibus 12. Briesel Occultum 13. Zieh Mit Mir
A regarder la discographie récente de nos amis allemands d’U.D.O, il semble évident que le groupe regarde désormais à l’est et que son salut commercial passe de plus en plus par l’Europe centrale orientale. Les albums s’enchaînent avec une grande régularité et les albums lives suivent cette même tendance. Après le Live In Sofia (chronique ici) en 2012, voici déjà le Live from Moscow, témoignage de la tournée qui a suivi la parution du dernier opus en date des teutons, Steelhammer (chronique ici). Comme toujours, les fans en auront pour leur argent avec un double album rassemblant pas moins de vingt-et-unes chansons pour presque deux heures de musique.
Udo Dirkschneider et son groupe aiment à rappeler qu’ils furent un des premiers artistes internationaux à se produire et à organiser des tournées dans un pays aussi grand que la Russie. On pourrait presque croire que cela est devenu normal même si les récents déboires de BEHEMOTH sur place rappellent à tous la complexité de la situation locale. L’occasion était belle de rendre hommage aux fans russes du groupe et de présenter le nouveau line-up. Pour l’occasion, U.D.O. s’est fendue d’une setlist exceptionnelle avec de nombreux classiques au menu bien sûr, des extraits du nouvel album mais aussi des vieilleries pas jouer sur scène depuis longtemps. Le mélange parfait pour se mettre les fans dans la poche. Et nous pouvons compter sur Dirkschneider pour avoir fait correctement le boulot. Dès les premières secondes son timbre de voix éraillé retentit à la joie des fans et sa patte est reconnaissable entre toutes. Comme nous le disions précédemment, Steelhammer est ici mis à l’honneur avec pas moins de sept extraits de ce disque. Pour les autres disques, citons la présence de trois titres chacun extraits d’Animal House et Faceless World. Au total, huit albums d’U.D.O sont représentés ici plus deux reprises d’ACCEPT. La mise en son est plus que correcte et n’ayant que le cd audio sous la main, je ne ferai aucun commentaire sur la qualité de la captation vidéo de ce concert.
Le même constant que pour le Live In Sofia s’impose. Les fans seront aux anges et les spectateurs seront heureux de retrouver un fidèle témoignage de cette tournée. Votre serviteur écoutera ce disque qu’à doses homéopathiques mais reconnaissons que ce produit reste de qualité.
Oshyrya (06/10)
Site Officiel
FaceBook Officiel
AFM Records / 2014
Tracklist (52:35 mn & 50:18 mn)
CD 1
01. Intro 02. Steelhammer 03. King Of Mean 04. Future Land 05. Cry Of A Nation 06. Trip To Nowhere 07. They Want War 08. Never Cross My Way 09. Stranger 10. Stay True 11. In The Darkness 12. Azrael
CD 2
01. No Limits 02. Mean Machine 03. Burning Heat 04. Metal Machine 05. Devil’s Bite 06. Go Back To Hell 07. Timebomb 08. Holy 09. Metal Heart