Archive for the ‘ Chroniques ’ Category

Gloria Morti – Kuebiko

Gloria Morti, c'est un peu l'histoire d'un groupe qui a tout compris mais qui, pour une raison ou une autre, n'a jamais eu le succès qu'il mérite. 17 ans de carrière, 5 albums de qualité supérieure sortis sur 4 labels (le petit nouveau est sorti il y a quelques mois chez Willowtip Records et je viens à peine d'en apprendre l'existence), et pourtant… pourtant, presque personne n'en parle comme de la "next big thing". Au lieu de cela, on nous vantait Nexus Inferis, par exemple. Et vous en entendez encore beaucoup parler, de ce groupe qui avait tourné en première partie de Behemoth en 2012 ? Encore une preuve que pas mal de monde mise sur le mauvais cheval.

Gloria Morti, donc, avait séduit la rédac dès 2008 avec Eryx, son deuxième effort, un parfait mélange de Black et de Death, tantôt brutal, tantôt mélodique et avec un sacré souffle épique. Les années se sont succédé, les albums aussi et je découvre maintenant avec surprise et plaisir Kuebiko, la nouvelle offrande des Finlandais… La recette n'a pas changé, la force de frappe est intacte et je prends toujours autant mon pied à l'écoute de ce groupe. Gloria Morti a su trouver l'équilibre parfait entre brutalité et mélodie et navigue, tel un funambule, sur le fil du rasoir entre la brutalité exacerbée et la mélodie trop envahissante. Les lignes de lead guitar se greffent parfaitement à une section rythmique démentielle, Psycho (le frontman) livre à nouveau une prestation 24 carats avec son timbre caractéristique et ces 49 minutes passent en un clin d'oeil. 

J'avoue que les deux premières écoutes m'avaient un peu déçu. Je trouvais Kuebiko moins percutant que ses prédécesseurs (surtout Eryx et son opener "Deathstream" ravageur). Mais au final, après plusieurs écoutes au casque, Kuebiko s'avère aussi solide qu'un Lateral Constraint. À la fois viscéral et clinique, Gloria Morti est une valeur sûre bien trop méconnue du Metal extrême… Espérons qu'ils se feront embarquer un jour sur une grosse tournée pour que tout le monde en prenne plein la gueule !

Mister Patate (8,5/10)

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Willowtip Records / 2016
Tracklist (49:39) 1. Syntymä 2. The Foul Stench of Vomiting Blood 3. Josef Fritzl 4. Chimeral Form 5. Death by a Thousand Cuts (Lingchi) 6. Case No. 1102162 7. Gallows Built in Rows 8. Executioner 9. The Termination of All Bonds

 

Phazm – Scornful Of Icons

Scornful Of Icons c’est un peu comme si on avait mélangé dans un shaker At The Heart Of Winter de Immortal, Heartwork de Carcass, Leviathan de Mastodon et The Link de Gojira. C’est même un peu plus en fait, bref il faut impérativement l’écouter !

Ca fait  plus d’une dizaine d’années maintenant que le projet Phazm est sur les rails. Un projet initié et s’articulant autour de Pierrick "Pierhryck" Valence (ex-Agressor, ex-Scarve) officiant ici au chant et à la guitare. Il est d’ailleurs le seul rescapé du line-up ayant accouché de l’imposant premier album Hate at First Seed (2004). Un album violent et très Doom qui avait bien tapé dans les oreilles de votre serviteur, ce qui le rendait très affable en éloges puisque à l’époque il allait jusqu’à psalmodier et prédire à tout-va de futures gloires concernant des formations comme Phazm, Glorior Belli ou Withered (ce dernier dont je vais vous parler très prochainement). En effet, je devais alors être sous l’emprise d’un sortilège puissant qui me faisait dire dans le courant des années 2000s qu’il y aura un renouveau, une période faste dans les années à venir pour le courant Black / Death Metal si il arrive à se métisser au Sludge (et ses dérivés Doom ou Southern).

Dès lors je ne pouvais être que séduit par un album comme Antebellum Death 'n Roll (2006 notre chronique ici) même si adorant son côté Death’n’Roll très prononcé ainsi que ses grosses accentuations Boogie, Southern et Sludge Doom, il délaissait cependant un peu les up-tempo. Je me rappelle avoir trouvé ça un peu dommage car il aurait pu sonner encore plus ultime à mes oreilles de grosse brute. Deux années et quelques chamboulements de line-up plus tard, l’entité Phazm a largement comblé mes attentes. En effet, Pierrick et sa bande ont su garder leur originale mixture Sludge, Doom, Southern, Boogies et Death’n’Roll tout en revenant à l'intensité Black Death Metal des débuts. En ce sens Cornerstone of the Macabre (2008 notre chronique ici) était une bonne synthèse des deux précédentes réalisations. En plus du large panel exposé sur ce troisième album on pouvait déjà desceller le très bon chant bien posé et très diversifié de Pierrick ainsi qu’ici ou là quelques riffs de guitare et tournures rythmiques faisant penser au Modern Death Metal tribal qu’un Gojira pouvait proposer sur The Link (je vous l’assure et vous renvoie pour étayer mon propos à des compositions comme «Adrift » ou « The Worm On The Hook »). C’était une chose assez surprenante dans le process de composition de Phazm pour que je daigne attirer votre attention. 

Phazm avait annoncé en 2009 qu’il cessait toute activité et c’est avec surprise que nous avons appris courant 2012 qu’il se reformait et reprenait le chemin de la scène. Il nous aura fallu attendre près de deux ans afin de voir Scornful Of Icons débouler dans les bacs à la fin du mois de Mars ! Le groupe travaille toujours avec Osmose Productions un label français qui fut dans les 90s/2000s un des meilleurs représentants du savoir faire en matière de Metal extrême. Il faut dire qu’on est très bien servi côté artwork puisqu’il a été réalisé par Valnoir Artfield Lautrec (facebook ici) reconnu dans le milieu Black / Death Metal pour son travail graphique (Ariti, Anorexia Nervosa, The CNK, Antaeus, Ascension, Blut aus Nord, Deluge, Nachtmystium, Glaciation, Necroblaspheme ou Peste Noire…). Comme je le dis souvent : quand l’artwork est soigné de la sorte, ça vous met indubitablement en appétit ! C’est d’autant plus vrai quand le son comme ici est parfait en tous points. J’ai l’impression de me répéter au fur et à mesure de mes chroniques mais je tiens inlassablement à vous rappeler que le son organique tout en rondeurs et profondeurs où chaque instrument est à sa place, ben ça m’émoustille voyez-vous ! 

Le contenu musical de Scornful Of Icons est assez difficile à décrire tant il brosse de manière magistral tous les registres évoqués plus haut et que Phazm a exploré par le passé. Il s’agit en effet d’un condensé drôlement bien ficelé, très ramassé et intense où seul l’aspect purement Death’n’roll a été gommé en faveur de tournures Black Death Metal souvent très Thrash, Sludge ou parfois Modern Death.

J’ai vraiment apprécié l’efficacité de ce mixe improbable mais diaboliquement efficace à l’instar des superbes  « Ginnungagap », « The Soothsayer » (désolé mais ce titre me fait méchamment penser à « Embrace The World » de Gojira en version Boogie et rétro Thrash Metal), « Ubiquitous Almighty » ! Il en va de même sur la quasi-totalité de l’album où Phazm se montre aventureux, tribal presque rituel. C'est éblouissant et brillant à la fois ! Ecoutez « The Godless Pope » ou « Conquerors March » des compositions très vindicatives qui pourtant ne peuvent s’empêcher de vagabonder et de rebondir dans tous les sens avec parfois une approche rituelle et pagan folk ! Putain que c’est bon ! À noter  « Scornful of Icons » une composition Totalement Folk et presque Bluegrass en son début avec de nombreuses collaborations comme celle improbable de Manu Eveno de TRYO au violon, de Jean-Claude Condi un luthier qui a couché des parties de Nyckelharpa (instrument de musique traditionnel à cordes frottées d'origine suédoise) ainsi que les délicieux chœurs décalés d’Alexandra Prat la chanteuse d'Arita. Un titre EPIC et beau ! Pierrick annonce d'ailleurs qu'il travaille sur de nouvelles compositions dans une orientation très rituelle en collaboration avec Octantrion (site ici) une formation de musique traditionnelle œuvrant en duo composée de Éléonore Billy (nyckelharpa, tenorharpa suédois et hardingfele) et Gaëdic Chambrier (mandoles, cistres et guitares). Affaire à suivre de très près ! J’ai également adoré le chant mais bon ça ce ne fut pas une nouveauté pour moi car on connaissait tous les grandes capacités de Pierrick dans ce domaine. 

Bref un retour plus que gagnant pour Phazm qui accouche d’un bel album de Metal extrême novateur, très abouti, ultra efficace, nostalgique et contemplatif à la fois ! Scornful of Icons  est EPIC et percutant alors je dis un grand bravo à l’audace et au talent de composition de Pierrick Valence ! Et j’en redemande bordel !

FalculA (8,5/10)


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Bandcamp officiel où l’album est en streaming complet.


Osmose Productions / 2016
Tracklist (37:18) : 1. Ginnungagap 2. Ubiquitous Almighty 3. The Soothsayer 4. The Godless  Pope 5. Howling for You 6. Conquerors March 7. Scornful of Icons 8. Never to Return.

DevilDriver – Trust No One

Rien de neuf sous le soleil pour la bande à Dez Fafara. Après un interlude Coal Chamber pas vraiment utile à mes yeux, notre ami Dez se rappelle à notre bon souvenir avec une nouvelle galette de DevilDriver. Au programme : la même sauce que sur les albums précédents, une usine à baffes avec quelques morceaux catchy as fuck, des rythmiques qui déboîtent et une petite touche de mélodie pour parachever le tout.

Et je ne vois pas quoi ajouter. En 73 mots, Trust No One a dévoilé tous ses atouts… et toutes ses faiblesses. Quelle est la valeur ajoutée de cet album dans la discographie déjà fournie du groupe ? Elle est pour ainsi dire nulle. Je n’ai rien à reprocher à Trust No One. Cet album est bon dans l’ensemble, sans prise de risque, un vrai sentier en graviers bien plat, bien entretenu et bien balisé que l’on suit avec plaisir… mais sans ressentir le moindre risque. 

Pis encore, j’ai l’impression que le groupe a perdu la recette sacrée pour pondre de vrais singles, du genre à péter des ratiches et à démonter de la cervicale. Je n’ai pas suivi l’actu du groupe sur Facebook, je ne sais donc pas quel morceau a été mis en avant en tant que single… et je ne serais pas foutu de le deviner à l’écoute de l’album. Aucun morceau ne ressort vraiment du lot. Aucun n’a le potentiel de faire lever les poings tout en se secouant la tignasse ou en courant en rond dans le pit. Et c’est bien ça qui me gêne sur cet album. Les prédécesseurs de Trust No One avaient toujours au moins un hymne qui ressortait du lot, voire plusieurs…

Alors, DevilDriver, groupe en perte de vitesse ? Si l’on fait abstraction de l’absence d’un véritable hymne, il faut reconnaître que la bande à Dez tient encore la route, mais sans la petite étincelle des débuts. Trust No One manque de hargne. Plutôt qu’un loup déguisé en agneau, DevilDriver fait plutôt office de bélier qui se serait collé une paire de faux crocs pour encore faire illusion. Les coups de butoir font certes encore mal, mais ça manque cruellement de mordant…

Mister Patate (5/10)

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Napalm Records / 2016
Tracklist (41:19) 1. Testimony of Truth 2.Bad Deeds 3. My Night Sky 4. This Deception 5. Above It All 6. Daybreak 7. Trust No One 8. Feeling Ungodly 9. Retribution 10. For What It's Worth