Deux ans après Tales From The Kingdom Of Fife (chronique ici), on reprend les mêmes et on recommence. Les anglais amateurs de power métal épique reviennent nous voir avec un nouvel album sous le bras. Aux commandes, le chanteur et claviériste d’ALESTORM, Christopher Bowes, continue de mener les débats et semblent s’amuser comme un petit fou grâce à GLORYHAMMER. Cette fois-ci, nous partons dans l’espace et l’armure médiévale en cuir se voit remplacée par une carapace digne d’un IRON MAN de pacotille. Les musiciens s’amusent et nous font partager leur délire.
La forme n’est pas très sérieuse au contraire du fond. Les dix nouvelles compositions présentées ici s’inscrivent dans la droite lignée de Tales From The Kingdom Of Fife. Attendez-vous à moult cavalcades de guitares, de solides offensives rythmiques assurées par la basse et la batterie, le tout renforcée par une cavalerie colorée menées par d’omniprésents claviers. Ajoutez le chant convaincant et convaincu de Thomas Winkler et la recette qui a déjà fait ses preuves deux ans plus tôt atteint encore une fois le centre de la cible. Dans une veine super accrocheuse et très épique comme peut le faire un RHAPSODY OF FIRE, les anglais tirent leur épingle du jeu par une énergie et une fraîcheur bien agréable. Ils ne se prennent pas au sérieux mais proposent aux fans un disque soigné. L’originalité n’est toujours pas au rendez-vous mais leur enthousiasme fait plaisir à voir et à entendre. Le talent est évident et quelques titres flatteront votre oreille comme « Rise of the Chaos Wizards » ou encore « Goblin King of the Darkstorm Galaxy ». Ces bonbons mêlent puissance et mélodie, les refrains font mouche et difficile de ne pas taper du pied et secouer la tête de plaisir. Comme quoi le bonheur ne tient pas à grand-chose… La pochette très colorée donne d’emblée le ton et attire irrésistiblement l’œil malgré un côté un peu kitsch. Après tout l’essentiel est d’être remarqué.
Avec ce deuxième album, GLORYHAMMER persiste et signe. Les bonnes dispositions affichées en 2013 se voient confirmées et démontre le sérieux et la viabilité du projet sur le long terme. A l’image d’un POWERWOLF, les anglais parviennent à susciter le plaisir et l’adhésion d’un large public. A voir bientôt sur scène aux côtés de STRATOVARIUS.
Tracklist (52:50 mn) 01. Infernus Ad Astra 02. Rise of the Chaos Wizards 03. Legend of the Astral Hammer 04. Goblin King of the Darkstorm Galaxy 05. The Hollywood Hootsman 06. Victorious Eagle Warfare 07. Questlords of Inverness, Ride to the Galactic Fortress! 08. Universe on Fire 09. Heroes (of Dundee) 10. Apocalypse 1992
Les fans les plus attentifs connaissent bien les américains de COHEED AND CAMBRIA qui jouissent d’une belle réputation et d’un solide following outre-Atlantique. Plus discret chez nous, le quatuor ne ménage pas ses efforts pour percer et s’installer dans le paysage du rock progressif européen. Oubliez vos références des vieux groupes britanniques de la scène néo-prog ou mêmes les rejetons de l’école polonaise, l’étiquette rock progressif ou alternatif signifie ici une musique aux racines rock, protéiforme souvent assez technique. Les gimmicks des titres fleuves et des longs soli de guitares ou de claviers ne s’appliquent pas ici. Si nous devions rapprocher leur démarche d’artistes plus proches de nous, citons ici un Steven Wilson. Dans les deux cas, les artistes font comme bon leur semblent sans s’inquiéter des étiquettes et des guerres de chapelles.
L’aventure des américains a débuté sous ce nom en 2001 à Nyack dans l'État de New York sous la férule créatrice du chanteur et compositeur Claudio Sanchez. Alors que jusqu’à présent, chaque nouvel opus de COHEED AND CAMBRIA s’inscrivait dans un large univers conceptuel, The Amory Wars, The Color Before the Sun sort de ce schéma traditionnel et développe des thématiques plus personnelles, tirées de la propre expérience de Sanchez. Après un The Afterman hyper dense et ambitieux, les américains semblent avoir eu besoin de revenir aux fondamentaux, à une certaine simplicité originelle. Chaque chanson se suffit à elle-même et montre un groupe très inspiré. Toujours très rock, ils déploient petit à petit une très large palette d’ambiances et de sons. La majorité des titres de l’album s’écoute avec plaisir, faciles d’accès et rapidement accrocheuses, l’efficacité a été favorisée par rapport à toute démonstration technique. COHEED AND CAMBRIA n’hésite pas à parler de touches assez pop et ils ont bien raison. Un « Colors » ou un « Here to Mars » par exemple possède le potentiel de passer sur des radios généralistes en Amérique du Nord et pourraient plaire à un large public. « Ghost » est une composition courte, toute en délicatesse et en douceur. En huit albums le quatuor a su montrer la plénitude de son talent et un savoir-faire assez exceptionnel.
Avec un peu de recul, The Color Before the Sun constitue une parfaite introduction pour découvrir le travail de COHEED AND CAMBRIA. L’album dévoile progressivement ses charmes et fait preuve d’une rafraîchissante variété. The Afterman et Good Apollo, I'm Burning Star IV sont tellement denses que les novices pourraient être débordés et écoeurés. Ce huitième album sonne bien, il recèle bien des trésors. Finalement c’est quasiment un sans faute à l’exception de la pochette, assez passe partout, qui déçoit.
Tracklist (47:11 mn) 01. Island 02. Eraser 03. Colors 04. Here To Mars 05. Ghost 06. Atlas 07. Young Love 08. You Got Spirit, Kid 09. The Audience 10. Peace To The Mountain
Il est de ces formations implantées dans le paysage du Metal depuis les 90s qui restent malgré les années passées inébranlables, toujours loquaces et ultimes dans le style musical dont elles ont participé à l’émergence. My Dying Bride est de celles-ci pour ce qui concerne le Doom Death Metal tout comme Dark Tranquillity l’est au Melodeath Metal.
Je n’ai jamais cessé de suivre ce groupe même si les albums A Line of Deathless Kings (2006 ), For Lies I Sire (2009) et Evinta (2011) m’avaient laissé sur ma faim et pour finir laissé indifférent. Par la suite ce groupe a su rebondir et me reconquérir avec notamment le sombre EP The Barghest o' Whitby : une plage de 27 minutes aux accentuations très Doom Death Metal à la production raw et sobre délaissant les reflexes Metal Gothic trop polis pour MDB et qui avaient tendance à casser sa dynamique Doom Metal sur les albums que j’ai mentionnés plus haut. L’album A Map Of Our All Failures (2012) qui a suivi, m’avait littéralement renversé et bouleversé ! J’en profite pour mettre notre chronique de l’époque pour cet album réalisée par Hamster Forever qui visiblement à l’inverse de moi n’a pas été touché par celui-ci et vous invite à aller l’écouter pour vous faire votre propre jugement ( un lien ici pour le streaming).
A bien des égares Feel The Misery ressemble aux chefs d’œuvre de MDB qui ont marqué le retour de la formation dans la fin de 90s et le début des 2000s avec un Doom Death Metal tantôt agressif et vénéneux tantôt volubile et progressif, je pense notamment à The Light at the End of the World (1999), The Dreadful Hours (2001) ou Songs of Darkness, Words of Light (2004). Une période réellement faste à la musique de nos britanniques où MDB n’avait aucune barrière stylistique et mixait avec réussite son Doom Metal des origines à des intensions plus avant-gardiste, chose qu’il avait déjà fait par le passé de manière discrète sur Turn Loose The Swan (1993) ou The Angel and the Dark River (1995) et de manière majoritaire sur le très décrié 34.788%… Complete (1998) que je trouve pour ma part sublime et très réussi !
En ce sens les compositions de Feel The Misery font indubitablement penser à l’intégralité de l’héritage conséquent du groupe et j’irai même plus loin en disant qu’elles ont toutes la marque génétique du groupe profondément implanté en elles ! La personne ayant été marquée par la musique de MDB sur les albums que j’ai mentionnés dans le paragraphe juste au dessus, ne pourra que tomber sous le charme de Feel The Misery ! En effet on y retrouve tout ce qui a fait les lettres de noblesses de MDB comme sur l’album précédent mais avec un éventail stylistique encore plus large et par la même des compositions plus diverses. Par exemple le morceau qui ouvre l’album « And My Father Left Forever » aurait très bien pu avoir sa place au sein d’albums comme The Angel and the Dark River (1995) ou Like Gods of the Sun (1996) avec sa fresque épique à la tournure dramatique, ses murs de guitare aux riffing typiquement Doom et ses violons qui font plaisir à attendre !
C’est comme « To Shiver In Empty Halls » qui résonne comme un écho aux grands classiques que sont « She Is The Dark » et « Your River » ou « A Cold New Curse » et « Within A Sleeping Forest » qui ne font vraiment pas pâle figure à côté des compositions de Turn Loose The Swan ou The Dreadfull Hours mais avec cette touche avant-gardiste et cette fin de morceau symphonique très surprenante ! Agréablement surprenant aussi « A Thorn Of Wisdom » qui métisse le Doom à des sonorités néoclassiques et d’autre Newwave / Postpunk ! La encore MDB se montre complètement désinhibé et très audacieux ! Le résultat est bluffant ! Il fait mouche à chaque morceau ! Un autre aspect révélateur de la démarche artistique de MDB qui consiste à assumer pleinement son héritage est la production qui signe le retour du groupe aux Academy Studios ! Ca s’entend direct et la production est parfaite !
Justesse est le maître mot de Feel The Misery qui est à l’instar de A Map Of Our All Failures un exercice de Doom Metal ultime comme seul MDB en est capable mais qui en plus a eu l’intelligence de remettre au gout du jour son avant-gardisme et une démarche audacieuse. C’est une chose qui n’était pas forcément le cas avec l’album précédent et rien que cet aspect en fait un album majeur dans la carrière du groupe car il s’en dégage une très bonne synthèse ! My Dying Bride déroule son Doom Metal sans aucun encombre ni gêne : il en ressort tous ses fondamentaux et une puissance inébranlable ! J’ai vraiment tout adoré sur ce dernier album ! Encore une belle sortie en matière de Doom Metal … décidément !
Peaceville Records / 2015
Tracklist (62:51) : 01. And My Father Left Forever 02. To Shiver In Empty Halls 03. A Cold New Curse 04. Feel The Misery 05. A Thorn Of Wisdom 06. I Celebrate Your Skin 07. I Almost Loved You 08. Within A Sleeping Forest.